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Le blog de gmanzukula-alternatif-congolais.over-blog.com

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Dans ce blog, il sera question de publier toutes les réflexions, articles, commentaires et opinions à caractère socio-économiques, politiques, culturels et religieux.


Le Congo n'est pas une île

Publié par Gabriel MANZUKULA Mjrrdcongo sur 28 Mai 2016, 06:25am

Catégories : #Actualite

La situation politique en République Démocratique du Congo est pour le moins qu'on puisse dire tendue. Des observateurs et ONGs internationales sont très critiques à propos du président Kabila et de son gouvernement. Et ils n'ont certainement pas toujours tort. Mais il serait peut-être également intéressant d'être aussi critique vis-à-vis des voix congolaises qu'ils mettent eux-mêmes en avant.

Apporter son soutien à un agenda étranger ne fait en effet que jeter de l'huile sur le feu. Un agenda activiste étranger ne sert pas toujours la démocratie

Au Congo, un débat public concernant les élections présidentielles à venir est en cours depuis déjà quelques mois. Sera-t-il possible de les organiser d'un point de vue logistique? Ne faudrait-il pas d'abord organiser un recensement de la population? Le président actuel Joseph Kabila veut-il reporter ces élections afin de rester plus longtemps au pouvoir? Sa majorité parlementaire a-t-elle le droit de modifier la constitution dans le but de légaliser un troisième mandat pour le président?

Il n'est pas facile de répondre à ces questions. Ainsi, l'opposition affirme haut et fort qu'il est tout à fait possible et même plus que souhaitable d'organiser les élections cette année. Cependant, dans des milieux plus élargis, la question semble se poser de savoir si cette deadline est bien réaliste d'un point de vue logistique et si un certain pragmatisme ne servirait pas plus la démocratie qu'une lecture stricte de la constitution.

Au même moment, on en arrive à une situation de clashs physiques entre des groupes de l'opposition et la police, qui procède à l'arrestation d'activistes. Hommes politiques étrangers et ONGs se mêlent au débat. La réalité complexe s'en voit dès lors bien souvent représentée de façon tout à fait noire ou tout à fait blanche: certains parlent d'un mouvement social courageux là où d'autres y voient un régime dictatorial. Dans les deux cas, la situation est peu nuancée. Les interventions et intérêts étrangers manquent par exemple invariablement dans l'histoire. On dirait presque que le Congo est comme une île complètement à part et isolée.

Quiconque refuse de voir ce qui se passe derrière la protection des ambassades à Kinshasa risque bien de se fier à de belles apparences. Et c'est ainsi qu'on se fait vite de faux amis. Prenons l'exemple d'une figure telle que Floribert Anzuluni. L'homme a déjà été acclamé comme représentant du mouvement social congolais par les ONGs. Quant à savoir quels intérêts il sert en réalité, c'est à vous d'en décider sur base des faits suivants.

Anzuluni est le fils d'un ancien baron important pendant la dictature Motubu, sous le régime duquel il était aussi président parlementaire. Après la fin de ses études en Belgique et au Canada, Floribert est retourné à Kinshasa en 2006 pour exercer en tant que directeur de banque. Il mettait un point d'honneur à établir de bonnes relations avec l'ambassade locale des Etats-Unis.

Quatre ans plus tard, Anzuluni, âgé alors de 27 ans, est sélectionné par cette même ambassade comme un des trois jeunes congolais à pouvoir partir à Washington dans le cadre du “African Young Leaders Initiative". Il s'y rend, avec 115 autres jeunes sélectionnées venant de 46 pays africains, pour un programme de formation encadré par le Département d'Etat américain.

Point culminant de ce séjour: un long entretien avec le président Obama. Le président américain laisse entrevoir son jeu lorsqu'il s'exprime avec dédain à propos des héros africains de la lutte pour la libération - il cite Nkrumah et Kenyatta - et dit espérer que les jeunes d'aujourd'hui "puissent concrétiser un avenir que de nombreuses générations avant eux n'ont pas pu réaliser". Selon le président des Etats-Unis, les défis actuels ont plus de sens, bien qu'ils "n'aient plus la qualité dramatique qui était présente lors de la lutte pour la libération".

Dans une interview avec Anzuluni au début de cette année, il a déclaré à propos de la raison pour laquelle cette rencontre fut si importante pour lui: "Un réseau a été mis en place avec des africains qui démontrent déjà un engagement et qui s'investissent pour des défis et des réalités qu'on ne connaît pas encore actuellement au Congo. Nous partageons nos expériences et nos connaissances." Un réseau littéralement 'made in Washington', sous la protection et avec le soutien des Etats-Unis.

Kinshasa. 15 janvier 2015. Après de longs préparatifs, Floribert Anzuluni parvient enfin à mettre sur pied un mouvement d'opposition. Au frais de l'ambassade américaine et sous l'œil approbateur des diplomates américains, un nouveau mouvement de jeunes est lancé en plein cœur de Kinshasa, sous le nom de Filimbi. Les organisations de jeunes "Balai citoyen" du Burkina Faso et "Y en a marre" du Sénégal répondent également présents pour échanger leurs expériences concernant le "regime change" avec les Congolais.

Mais les services de sécurité congolais ont vent de la réunion. Ils interrompent cette dernière et mettent toutes les personnes présentes en détention. La majorité d'entre elles sont relâchées quelques semaines plus tard. A l'heure actuelle, deux jeunes sont toujours retenus en attendant leur procès. Anzuluni fuit le pays.

Sénégal. Décembre 2015. Anzuluni réapparait. Cette fois-ci, il s'agit d'une conférence à laquelle toutes les sections de l'opposition congolaise sont invitées par des fondations occidentales, telles que le conservateur allemand Konrad Adenauer Stiftung et la fondation sud-africaine Brenthurst Foundation. Le sujet à l'odre du jour est: "les processus électoraux en Afrique". Mais, en réalité, cela s'apparente plutôt à une tentative de réunir tous les groupes de l'opposition congolaise en un large front commun contre le régime actuel.

Après la conférence, naît alors le "Front citoyen 2016". Floribert Anzuluni y est hissé comme coordinateur. Parmi les membres, on retrouve des oiseaux de toutes sortes, et il n'est de toute évidence pas question de respect des droits de l'homme ou de la démocratie. Même le MLC de l'ancien criminel de guerre Jean-Pierre Bemba est de la partie. Le Filimbi d'Anzuluni reçoit alors la tâche de s'occuper des contacts avec l'étranger, et plus particulièrement avec l'Europe.

La priorité du "Front Citoyen 2016" d'Anzuluni? Les élections présidentielles au Congo. Il n'est pas vraiment intéressé par une dialogue constructif avec le gouvernement en place. Face aux propositions de dialogue du gouvernement congolais, le Front Citoyen 2016 annonce "être prêt à aller jusqu'à l'extrême" si les élections présidentielles n'ont pas lieu cette année.

Bruxelles. Janvier 2016. Anzuluni s'installe en Belgique. Il se présente comme "le" représentant de "la" société civile congolaise et des jeunes congolais. Pour des raisons compréhensibles, il reste assez discret concernant ses origines et les commanditeurs derrière tout cela.

La Haye. Février-mars 2016. Anzuluni rend visite à l'ancien seigneur de guerre Jean-Pierre Bemba à la prison de la Cour pénale internationale. Suite à cette visite, il laisse triomphalement entendre que le Front Citoyen 2016 peut compter sur le soutien de Bemba. Quand Jean-Pierre Bemba est condamné pour crimes de guerre par la Cour pénale Internationale le 15 mars, Anzuluni dit le regretter et assure que le Front Citoyen 2016 peut toujours compter sur le soutien du parti politique de Bemba, le MLC.

Un mouvement populaire authentique

La démocratie, c'est par définition le pouvoir entre les mains de la population locale. Il s'agit de faire valoir les voix de la population. La démocratie n'apparaît pas par magie. Il s'agit de construire des relations de pouvoirs, de chercher du soutien et d'organiser et convaincre des gens. Il s'agit de faire des compromis avec d'autres personnes au sein de la société. C'est un processus délicat.

Une politique de soutien étranger envers l'opposition politique n'est pas sans danger. Ce soutien risque de fausser la concurrence sociale et politique. Cela donne à certains mouvements un pouvoir qui s'avère parfois être plus grand que le soutien dont ils bénéficient auprès de la population. Ces mouvements risquent par conséquent de jeter de l'ombre sur d'autres mouvements plus représentatifs ou démocratiques. Ou, si renforcés par des fonds extérieurs, de prendre de points de vues radicaux et d'ainsi plonger le pays dans un chaos interne.

Un soutien étranger est-il dès lors toujours mauvais? Pas nécessairement. La solidarité internationale a joué un rôle crucial dans la lutte contre l'apartheid. Le peuple palestinien compte sur la solidarité internationale dans sa bataille contre l'occupation. Cependant, dans des cas comme ceux-ci, il s'agit de soutien du peuple au peuple, un mouvement de soutien qui donne une voix aux plus faibles vis-à-vis du pouvoir et qui donne un coup de boost à un mouvement social authentique.

L'agenda des grandes puissances vis-à-vis du Congo n'a rien à voir avec cela. Ces grandes puissances reprochent souvent au président congolais une forme de souverainisme. Le terme est nouveau, mais le discours d'Obama lors du 'African Young Leaders' en 2010 en disait déjà long: oubliez les idéaux de la lutte pour la libération si vous voulez reconstruire l'Afrique. Pour Washington et bien d'autres pouvoirs européens, Kabila se concentre clairement trop sur l'indépendance de son pays.

Plutôt que de soutenir cette stratégie, notre gouvernement devrait apporter son soutien aux appels au dialogue entre congolais lancés par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon, par le pape François et par l'Union Africaine. Edem Kodjo, le facilitateur officiel du dialogue, désigné par l'Union Africaine avec l'appui de l'ONU et de l'Union européenne, mérite du soutien vis-à-vis des attaques envenimées et des accusations malveillantes de la part de l'opposition radicale qui refuse toute forme de dialogue.

D'un point de vue du mouvement de solidarité, on peut certainement critiquer le gouvernement congolais. Mais la discussion doit avoir lieu au Congo en premier lieu, de façon à ce que l'unité du pays, si laborieusement acquise depuis la guerre, soit renforcée et non pas affaiblie. Si, depuis nos milieux politiques, des groupes et figures de l'opposition douteux sont mis en avant sans aucune critique à leur égard - dont Anzuluni et Filimbi ne sont qu'un exemple -, nous risquons uniquement de jeter de l'huile sur le feu. La politique de Kabila comporte bien évidemment des manquements et des imperfections. Mais si le Congo devait être dirigé depuis l'ambassade américaine ou par un criminel de guerre, le peuple congolais n'y trouverait pas son avantage.

http://m3m.be/news/le-congo-nest-pas-une-île

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