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Le blog de gmanzukula-alternatif-congolais.over-blog.com

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Dans ce blog, il sera question de publier toutes les réflexions, articles, commentaires et opinions à caractère socio-économiques, politiques, culturels et religieux.


Discours politique et écologique du Pape Benoît XVI en Allemagne

Publié par Gabriel manzukula Mjrrdcongo sur 23 Septembre 2011, 08:40am

Catégories : #International

Le pape Benoît XVI crée la surprise devant le Bundestag, le Parlement
allemand, en faisant une lecture originale de l'émergence du mouvement
écologique allemand dans les années 70, et il en appelle plus encore à une
« écologie humaine ». Un discours contesté avant d'être prononcé et
applaudi « debout » pendant plusieurs minutes.


L'intelligence du droit

« Sur la base de ma responsabilité internationale, a annoncé le pape, je
voudrais vous proposer quelques considérations sur les fondements de l'État
de droit libéral. »

Citant l'exemple biblique du roi Salomon, le Sage, le pape a souligné « ce
qui en définitive doit être important pour un politicien » : « Son critère
ultime et la motivation pour son travail comme politicien ne doit pas être
le succès et encore moins le profit matériel. La politique doit être un
engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la
paix. Naturellement un politicien cherchera le succès qui en soi lui ouvre
la possibilité de l'action politique effective ! Mais le succès est
subordonné au critère de la justice, à la volonté de mettre en uvre le
droit et à l'intelligence du droit. »

Evoquant la période nazie, Benoît XVI a donné ce contre-exemple : « Nous
avons fait l'expérience de séparer le pouvoir du droit, de mettre le
pouvoir contre le droit, de fouler aux pieds le droit, de sorte que l'État
était devenu une bande de brigands très bien organisée, qui pouvait menacer
le monde entier et le pousser au bord du précipice. »

La politique, pour combattre l'injustice

Pour conclure sur le but de la politique : « Servir le droit et combattre
la domination de l'injustice est et demeure la tâche fondamentale du
politicien. Dans un moment historique où l'homme a acquis un pouvoir
jusqu'ici inimaginable, cette tâche devient particulièrement urgente ».

Il a aussi cité la Résistance à l'oppression : « Les combattants de la
résistance ont agi contre le régime nazi et contre d'autres régimes
totalitaires, rendant ainsi un service au droit et à l'humanité tout
entière. Pour ces personnes il était évident de façon incontestable que le
droit en vigueur était, en réalité, une injustice. »

Aujourd'hui, fait observer le pape, « dans les décisions d'un politicien
démocrate, la question de savoir ce qui correspond maintenant à la loi de
la vérité, ce qui est vraiment juste et peut devenir loi, n'est pas aussi
évidente. » Et il pose la question : « Comment reconnaît-on ce qui est
juste ? »

L'autonomie du politique, conquête chrétienne

Il rappelle que le christianisme assure l'autonomie du politique, par la
part qu'il accorde à la raison humaine : « Contrairement aux autres grandes
religions, le christianisme n'a jamais imposé à l'État et à la société un
droit révélé, un règlement juridique découlant d'une révélation. Il a au
contraire renvoyé à la nature et à la raison comme vraies sources du droit
il a renvoyé à l'harmonie entre raison objective et subjective, une
harmonie qui toutefois suppose le fait d'être toutes deux les sphères
fondées dans la Raison créatrice de Dieu. »

« Pour le développement du droit et pour le développement de l'humanité il
a été décisif que les théologiens chrétiens aient pris position contre le
droit religieux demandé par la foi dans les divinités, et se soient mis du
côté de la philosophie, reconnaissant la raison et la nature dans leur
corrélation comme source juridique valable pour tous », a expliqué le pape.

Mais, continue le pape, comment réagir au « dramatique changement de
situation » de ce dernier demi siècle ?

Le pape discerne « une conception positiviste de la nature, qui entend la
nature de façon purement fonctionnelle, comme les sciences naturelles
l'expliquent » et qui se révèle incapable de « créer un pont vers l'ethos
et le droit ». Il déplore donc une « vision positiviste, qui chez beaucoup
est considérée comme l'unique vision scientifique » et dans laquelle « ce
qui n'est pas vérifiable ou falsifiable ne rentre pas dans le domaine de la
raison au sens strict ».

Les limites de la raison positiviste

Il compare cette vision à une construction aveugle en béton armé : « La
raison positiviste, qui se présente de façon exclusiviste et n'est pas en
mesure de percevoir quelque chose au-delà de ce qui est fonctionnel,
ressemble à des édifices de béton armé sans fenêtres, où nous nous donnons
le climat et la lumière tout seuls et nous ne voulons plus recevoir ces
deux choses du vaste monde de Dieu. »

Or, à la surprise de tous, le pape a cité le mouvement écologique comme une
tentative d'ouvrir une fenêtre dans ce béton, se défendant de prendre une
position politique : « L'apparition du mouvement écologique dans la
politique allemande à partir des années soixante-dix, bien que n'ayant
peut-être pas ouvert tout grand les fenêtres, a toutefois été et demeure un
cri qui aspire à l'air frais, un cri qui ne peut pas être ignoré ni être
mis de côté, parce qu'on y entrevoit trop d'irrationalité. »

Sous les applaudissements, le pape a poursuivi : « Quand, dans notre
relation avec la réalité, il y a quelque chose qui ne va pas, alors nous
devons tous réfléchir sérieusement sur l'ensemble et nous sommes tous
renvoyés à la question des fondements de notre culture elle-même. ()
L'importance de l'écologie est désormais indiscutée. Nous devons écouter le
langage de la nature et y répondre avec cohérence ».

Une écologie de l'homme

Plus encore, le pape a affirmé : « Il existe aussi une écologie de l'homme.
L'homme aussi possède une nature qu'il doit respecter et qu'il ne peut
manipuler à volonté. L'homme n'est pas seulement une liberté qui se crée de
soi », et de nouveaux applaudissements ont salué ce nouveau développement.

Plus loin, le pape a réfléchi à la culture européenne, triple synthèse
originale : « La culture de l'Europe est née de la rencontre entre
Jérusalem, Athènes et Rome de la rencontre entre la foi au Dieu d'Israël,
la raison philosophique des Grecs et la pensée juridique de Rome. Cette
triple rencontre forme l'identité profonde de l'Europe. »

Benoît XVI a précisé la relation de l'homme à Dieu et aux autres, dans
l'exercice de la liberté : « Dans la conscience de la responsabilité de
l'homme devant Dieu et dans la reconnaissance de la dignité inviolable de
l'homme, de tout homme, cette rencontre a fixé des critères du droit, et
les défendre est notre tâche en ce moment historique.

Et de conclure en évoquant à nouveau le roi Salomon : «  Je pense
qu'aujourd'hui aussi, en dernière analyse, nous ne pourrions pas désirer
autre chose qu'un cur docile la capacité de distinguer le bien du mal et
d'établir ainsi le vrai droit, de servir la justice et la paix. »

De la contestation à l'ovation

L'invitation adressée au pape par le président du Parlement, Norbert
Lammert, à l'occasion de cette visite d'Etat, avait été contestée par une
minorité du Parlement, qui a lui-même évoqué la polémique en faisant
observer en souriant qu'il est « rare qu'un discours retienne autant
l'attention avant même d'avoir été prononcé ». Il avait répondu lui-même à
la polémique en disant, sous les applaudissements: « En Allemagne, dans
votre patrie vous êtes le bienvenu » et en mettant en garde contre un
« manque de tolérance » dans la démocratie retrouvée. Dans ce programme, il
a salué notamment le programme d'Erfurt, en soulignant, lui, catholique que
l'Allemagne est le « pays de la Réforme » et que le pontificat d'un pape
allemand, « le premier après la Réforme » marque « des pas vers
l'cuménisme » et pour « dépasser les divisions entre deux Eglises ».

Après le discours du pape et l'ovation debout de plus de deux minutes, le
président du parlement a conclu la rencontre en remerciant le pape pour sa
« contribution importante au débat public » sur « l'orientation éthique
dans une société démocratique et pour l'Etat de droit démocratique ». Il en
a appelé au « dialogue nécessaire entre culture, religion et façons de voir
le monde » : « Merci pour votre discours » et « tous nos vux pour votre
programme dense et ambitieux ici en Allemagne ».

Anita S. Bourdin

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