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Le blog de gmanzukula-alternatif-congolais.over-blog.com

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Dans ce blog, il sera question de publier toutes les réflexions, articles, commentaires et opinions à caractère socio-économiques, politiques, culturels et religieux.


L’avenir du Congo-Kinshasa se joue à travers les élections 2011

Publié par Gabriel MANZUKULA Mjrrdcongo sur 18 Novembre 2011, 15:11pm

Catégories : #Actualite

Les élections sont devenues une menace à la construction démocratique ou une remise en question de la paix fragile. Que les acteurs politiques prennent en compte cette donne pour que la RDC reste un patrimoine national et non une propriété de quelques individus ou groupes d’individus.

Le Congo-Kinshasa, officiellement connu sous le controversé label de « République démocratique du Congo » (RDC), a été félicité en 2006 pour les élections organisées après les conflits armés. Pour rappel, le processus de règlement de ces conflits a été marqué par la signature de l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka (Zambie) en juillet 1999 et par celle de l’Accord global et inclusif de «partage du pouvoir » à Pretoria (Afrique du Sud) le 17 décembre 2002 dont a accouché le Dialogue intercongolais. Des observateurs, comme M –F.

Cros et F. Misser notamment, ont relevé l’influence étrangère dans ce processus de paix en ces termes :

« Ce dernier accord n’aurait pas pu voir le jour sans les pressions constantes exercées sur les belligérants congolais et leurs parrains étrangers par la Communauté internationale. Les Etats-Unis, l’Union européenne, la Belgique, la France, le Royaume-Uni, l’Afrique du Sud, les Nations unies et l’Union africaine ont joué un rôle prépondérant. Il s’est prolongé par la mise en place d’un Comité international d’appui à la transition (CIAT) ».

On le voit, les élections intervenues pendant la transition post-conflit consacraient, dans ce contexte précis, le PeacebuildingProcess (entendez : processus de consolidation de la paix) à travers la mise en place des institutions démocratiques, une intention clairement exprimée par la Communauté internationale et accueillie avec enthousiasme par toutes les parties (du moins, formellement).

Malgré la réussite, mieux l’organisation de ces élections, la démocratie peine à s’installer dans ce pays labellisé démocratique. Et de nous interroger : L’État congolais serait en panne ou en réparation ? De toutes les façons, les efforts continuent à être déployés pour la mise en place de la culture électorale en dépit du fait que les élections ne garantissent pas nécessairement la compétence ( les théoriciens de l’élitisme n’ont pas eu tort de déconsidérer l’élection comme mode de recrutement du personnel dirigeant) et qu’au Congo le choix des électeurs n’est pas toujours dicté par la pertinence de projet de société des candidats (acteurs individuels appelés indépendants ou acteurs collectifs, ici les partis).

Les élections prévues dans quelques jours (le 28 novembre 2011) s’inscrivent, en principe, dans ces efforts de restitution de la souveraineté au peuple. Cependant, le constat fait pendant la période préélectorale suscite quelques inquiétudes quant à la réussite du processus. D’où, les nombreux appels en faveur des« élections transparentes, crédibles et apaisées » de la part tant des acteurs locaux qu’internationaux, soucieux de la « paix » toujours fragile, s’il y en a au moins en ce pays. On ne peut s’empêcher de noter que la formule adoptée par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) demeure très suggestive : alors que la Commission électorale indépendante (Cei) parlait en 2006 des « élections démocratiques, libres et transparentes » à l’image du Congo-République démocratique, la Ceni signe « élections transparentes, crédibles et apaisées ». La motivation de cette nouvelle rhétorique moralisante évacuant les concepts clés du jargon constitutionnel est à prendre au sérieux dans la sociologie politique et électorale en élaboration en cette période cruciale du processus. Les adjectifs « démocratique » et « libre » rappelant démocratie et liberté sont des attributs essentiels dont la charge sémantique dans les questions électorales ne peut échapper à l’attention des électeurs, incultes ou lettrés soient-ils. A la place, parler des élections qui seraient « transparentes », crédibles » et « apaisées » relève de pures abstractions sans lien effectif avec le réel contrôlable et mesurable, à savoir le processus électoral.

Cela étant, notre réflexion se veut une contribution à la compréhension du processus dans cette phase de turbulences préélectorales. Celle-ci annonce déjà le risque de non acceptation des résultats par les opérateurs politiques impliqués dans la course électorale. Ainsi, nous voulons répondre à la question de savoir comment les acteurs politiques impliqués dans le processus électoral en cours arrivent-ils à respecter les règles du jeu. Dans quelle mesure donnent-ils des garanties de la paix après les élections? Comment leurs conduites respectives pourraient jouer sur la survie de la nation?

Par acteurs ou opérateurs politiques, nous nous limiterons précisément à une bipolarisation Majorité/Opposition. Cette classification binaire d’acteurs n’est en rien le reflet d’une simplification de la réalité qui serait due à une certaine paresse intellectuelle d’approfondir les observations au sein de l’univers politique congolais. Tout en sachant que les indépendants existent, il nous semble impertinent d’insister sur cette catégorie dans la mesure où leur caractère indépendant, s’il est respecté, constitue la juste mesure et par conséquent un équilibre par rapport aux dérapages de deux camps opposés (Majorité et Opposition). L’on sait pourtant que certains indépendants ne le sont que de nom. D’où leur classement mérité dans l’une ou l’autre catégorie ci-haut mentionnées. Avant de poursuivre, il convient de faire une lecture en amont sur le cadre juridique de ces élections.

1. La révision constitutionnelle de janvier 2011 : source de tensions pré et post électorales ?
Les raisons avancées par la majorité au pouvoir pour réviser certains articles de la Constitution n’ont eu de mobiles que clientélistes. Il était question de faciliter la réélection du patron sans que ce dernier s’expose à trop d’alliances au risque de limiter, contre toute attente, la marge de manœuvre gouvernementale comme en témoigne l’accord entre l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) et le Parti Lumumbiste Unifié (PALU) en 2006. En effet, voulant faire élire le chef de l’État à un tour au lieu de deux tel que prévu par les dispositions constitutionnelles de février 2006, la Majorité au pouvoir voudrait éviter les alliances contre nature du deuxième tour. Ces alliances avaient mis le pré-carré du chef de l’État dans une position de faiblesse face à tout changement du Premier ministre pendant la législature qui s’achève. La raison avancée ayant trait au coût (financier, logistique, temps matériel, énergie…) reste jusque-là peu convaincante, voire superflue. Aussi, la famille politique du chef de l’État souligna-t-elle le risque de voir l’unité du pays mise en question devant un deuxième tour aux enjeux de configuration géo-ethnique (allusion faite à la fissure Est/Ouest observée lors du second tour de 2006, qui dégénérerait en véritable rupture Est/Ouest!). Mais alors, le seul tour retenu ne mettrait-il pas la survie de la nation en danger si le président élu de 2011 n’arrivait pas à se faire une assise dans toutes les provinces? A l’allure où vont les choses, il n’est pas exclu d’avoir un président élu avec moins de 40% des voix et dont plus de la moitié ne correspondrait qu’à un électorat composé de ressortissants («originaires») d’une ou de deux provinces. Ce qui peut créer un véritable déficit de légitimité aux conséquences imprévisibles. C’est à ce niveau que le deuxième tour serait une garantie pour une légitimité acceptable. On comprend simplement que l’admirable cohérence du désordre institutionnel a généré un problème fondamental d’ordre constitutionnel : le fait d’avoir révisé la constitution quand on pouvait penser que l’élan suscité par la politique enthousiaste de « chantiers de la République ou du Président » (formulation conjoncturelle des politiques publiques définie d’en-haut « Top-Down » en contexte d’un processus démocratique aspirant à la consolidation) ne peut qu’étonner à première vue. Alors que le moment était venu d’inverser la perspective au profit de l’approche procédant par le bas (Bottom-Up) afin de cristalliser la participation citoyenne, les velléités autoritaires ont très tôt pris le dessus pour contrarier la consolidation.

Toutes les violences observées par-ci et par-là seraient dues, à notre avis, en partie bien sûr, à la crainte inspirée par l’incertitude d’une élection présidentielle à un seul tour de surprise. Pour cela, il faut se battre avec énergie et en cherchant à étouffer son adversaire politique qui, dans l’imaginaire des militants, devient simplement un ennemi politique, un chien à abattre. On ne peut plus retenir son souffle étant donné que le second tour n’existe pas. Cette massification des énergies et des combinaisons, à la fois, stratégiques et tactiques pour remporter la victoire par ce tour unique, risque de placer la société congolaise devant un sort inique par ironie du sort. C’est ce qu’atteste l’expression « élections apaisées », la conscience d’un malaise social et l’imminence d’un désordre que l’on voudrait extirper par le discours après avoir détruit la base légale du pouvoir d’État (Constitution).

2. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) : une institution citoyenne ou politique ?
Le débat, qui avait eu lieu à son temps à l’Assemblée nationale pour la mise en place de cette institution, avait une importance très capitale. Mais l’option partisane l’emporta pour faire de cette institution un groupement de l’Opposition parlementaire et de la majorité au pouvoir. Si la présidence revient à un ancien de la majorité au pouvoir, il n’est de garantie selon laquelle l’Opposition y croit fermement. Même si l’Opposition institutionnelle se sent représentée à travers un ancien sénateur, le constat sur le terrain est que l’Opposition extra-parlementaire ne croit pas en la neutralité de cette institution. En effet, quels sont les mécanismes de conversion d’un partisan à la neutralité par le fait qu’il soit désigné président ou vice-président d’une institution dite citoyenne? Telle est la problématique de la Ceni qui peut nous amener à ce que nous avions connu en son temps avec un des vice-présidents de la Commission électorale indépendante (Cei) lors des élections de 2006. Le danger que craint l’opposition, et qui n’attend point l’accumulation des faits pour la démonstration, est qu’on peut avoir un président non élu aux urnes mais simplement proclamé vainqueur par la Ceni.

3. La majorité au pouvoir, est-elle prête à l’alternance au risque d’être qualifiée d’acteur idiot ?
Consécutivement aux autoritarismes connus sous la guerre froide en Afrique, ceux d’après-guerre qualifiés de souplesse réclament d’une légitimité issue des urnes. Il est difficile que le pouvoir qui organise les élections puisse les perdre en dépit de quelques changements de perspectives dont le Bénin, la Zambie, etc. Au fond, l’alternance à travers les élections n’est pas toujours au rendez-vous en Afrique. Très souvent si ce n’est pas les mêmes acteurs qui reviennent, ce sont au contraire ceux de la même famille qui arrivent pour pérenniser le système. Céder le pouvoir au nom de l’alternance est perçu comme signe de faiblesse et par conséquent de maladresse politique assimilable à une trahison de régimes homologues sur le continent.

Après plus de dix ans à la tête du pays, le chef de l’État actuel a un bilan à présenter. Il le fait à travers ses descentes en déclarant que tout ce qu’il a promis a été réalisé. Si tel est le cas, il est évident que le peuple lui renouvelle la confiance sans beaucoup d’efforts. Mais, il semble que ce bilan reste mitigé par le fait que l’Est du pays reste encore un abattoir humain et que la paix est définie en fonction de l’appartenance politique des uns et des autres. A ce sujet, il convient de noter que l’Opposition prétend disposer d’une masse importante des données sur les contre-performances du régime, établies par les institutions indépendantes de renommée internationale. Les différentes répressions policières ne seraient-elles pas l’expression d’une incertitude quant aux résultats des urnes? Seraient-elles les moyens de rétablir l’ordre public alors que la théorie administrative insiste sur la proportion de la force à utiliser pour le rétablissement de l’ordre? Telles interrogations sont loin de prouver que la majorité au pouvoir serait prête à une alternance politique. Elle est plus disposée à un renouvellement de confiance, ce qu’on peut appeler une « alternance réflexive » en faisant une comparaison à la relation de réflexivité en mathématique (élément bouclé car étant en relation avec lui-même). Il s’agirait simplement d’un éventuel processus de renouvellement sans renouveau de la classe dirigeante. Ayant le contrôle des services de sécurité, de police et de l’armée, la Majorité se sent renforcée par un accord qui serait signé entre l’armée et la Ceni pour le transport des matériels électoraux (déploiement et ramassage). Un nouvel acteur improvisé sur la scène déjà malsaine doit désormais intervenir en sous-traitant dans un réseau que l’Opposition croit se trouver en perte de crédit. Comment une Opposition qui vit, par conditionnement psychologique, dans une logique de suspicion peut –elle concevoir un tel accord en cette phase cruciale du processus électoral inauguré en amont par un acte fondamental de révision constitutionnelle non conforme à la légalité constitutionnelle?

4. L’Opposition rdcongolaise et l’alternance politique sous tension
Si la majorité au pouvoir, autrement dit la mouvance présidentielle, ne croit pas à sa défaite électorale, l’Opposition de son côté reste plus que jamais déterminée. Cette dernière ne tient pas compte de sa dispersion qui est souvent présentée comme une faiblesse et par conséquent une des causes de son échec éventuel. Comme en statistique, la sociologie politique considère la dispersion comme une configuration susceptible d’induire l’élargissement de l’espace démocratique contrairement à la concentration, configuration qui se reflète dans la Majorité. Le fait, pour la plupart des partis membres de l’ancienne AMP, de se retirer pour recouvrer autonomie est un fait éloquent de cet effet limitant de la concentration. D’autres acteurs individuels de l’actuelle Majorité Présidentielle (MP) se sont tapé le luxe de créer leur propre parti ou l’ont fait à l’initiative de leur patron. Les restrictions de financement de ces derniers par la MP risquent cependant de les détourner vers d’autres regroupements politiques en quête de clients potentiels, une fois la victoire électorale remportée. Loin d’elle cette vision du monde qui veut que dispersion signifie échec, l’Opposition croit en sa victoire compte tenu du bilan de la majorité au pouvoir. Elle s’identifie à une grande victime ayant subi des actes de répression de la part du pouvoir. Ne pourrait-on pas y voir une des causes de ses méthodes utilisées en cette période où l’autre camp tient coûte-que-coûte à conserver le pouvoir? De toutes les façons, les répressions sont là et il n’y a plus de doute car les pertes en vies humaines sont signalées.

Devant cette situation, la seule chose qui reste à cette Opposition plurielle et unique, à la fois, c’est de préparer la population au contrôle du processus électoral et surtout la placer dans une prédisposition à tout contester au cas où la Ceni arriverait à proclamer l’autre camp vainqueur. Pour elle, l’alternance dont on parle n’est autre chose que la victoire de l’Opposition car, estime-t-elle, la majorité au pouvoir a échoué et il n’est pas possible que la population lui accorde de nouveau la confiance. C’est, à notre avis, le sens profond incarné par l’appel à l’auto-prise en charge du peuple lancé par le candidat de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) dont l’interprétation reste un sujet de controverses (incitation à la violence pour certains, socialisation contre la peur pour d’autres).

Que conclure ?
Cette lecture nous permet de dire que l’unité du pays paraît plus que jamais en danger pendant que différentes théories sur sa balkanisation ne cessent de gagner l’opinion. Serait-on en face d’un fait accompli? Les élections, au lieu d’être un moment de relecture de la vie politique congolaise, sont devenues cause d’inquiétudes à telle enseigne que certains partenaires disent attendre après les élections pour mettre en place tel ou tel projet au Congo-Kinshasa. C’est comme qui dirait, «au Congo, les hommes partent avec les institutions » alors que celles –ci sont, en principe, dotées d’une vie longue (permanence/durabilité consacrée par leur nécessité) par rapport à leurs animateurs comme nous enseigne la théorie politique.

L’avenir du Congo se joue à travers les élections. Elles ne sont plus un moyen de consolidation de la paix comme le soutiennent les théoriciens des situations post conflit. Elles sont devenues une menace à la construction démocratique ou une remise en question de la paix fragile. Que les acteurs politiques prennent en compte cette donne pour que la RD Congo reste un patrimoine national et non une propriété de quelques individus ou groupes d’individus. Pour une législature qui s’est évanouie dans l’ennui populaire, une mauvaise note enregistrée à la suite du premier test d’aptitude à la consolidation démocratique qui s’est muée, contre toute attente, en consolidation de la fragilité institutionnelle , il n’y a de meilleure attitude humaine que d’accepter l’alternance en termes de changement effectif de courant idéologique et de philosophie de gouvernance. Avec ou sans X ou Y au pouvoir, la société congolaise doit exister en tant qu’une nation parmi les nations du monde libre au Troisième millénaire.

Par Fraternel Divin Amuri Misako & John Nkoko Lipambala

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