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Le blog de gmanzukula-alternatif-congolais.over-blog.com

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Dans ce blog, il sera question de publier toutes les réflexions, articles, commentaires et opinions à caractère socio-économiques, politiques, culturels et religieux.


LE PARDON DIFFICILE: ESSAI SUR LA PROPOSITION ETHIQUE ET POLITIQUE DE PAUL RICOEUR DANS La mémoire, l’oubli et l’histoire

Publié par Gabriel MANZUKULA Mjrrdcongo sur 19 Janvier 2012, 14:48pm

Catégories : #Philosophie

Introduction : La structure du livre: La mémoire, l’histoire et l’oubli

 

Dans l’épilogue de son livre, Paul RICOEUR aborde la question du pardon difficile à partir de l’équation du pardon qui montre la polarité et la tension entre la profondeur de la faute et la hauteur du pardon. Pour parler du pardon, il reprend l’apport d’Emmanuel KANT à la philosophie morale, les idées de Jean NABERT sur le mal, celles de Karl JASPERS sur la culpabilité et de Hannah ARENDT sur l’anthropologie philosophique de l’action humaine. L’œuvre de Paul Ricoeur est composée de trois parties différentes, mais elles ont comme dénominateur commun la représentation du passé. La première est consacrée à la phénoménologie de la mémoire ; la deuxième à l’épistémologie de l’histoire ; et la troisième à l’étude herméneutique de la condition historique des êtres humains.

 

Dans la phénoménologie de la mémoire, il traite la question sur l’énigme d’une image donnée comme présence d’une cause absente marquée par le sceau du passé. La mémoire est la maîtresse de l’histoire et la gardienne de la représentation du passé. Le devoir de la mémoire est un impératif de justice. La mémoire est étroitement liée à la vertu de la justice. En tant que vertu, elle est définie au travers de la relation avec l’autre. La mémoire est la représentation de la dette que nous avons avec ceux qui nous ont précédés, avec les autres et, en particulier, avec les victimes.

 

À son tour, en relation avec l’épistémologie du témoignage nous trouvons la même question : celle qui se pose sur les représentations sociales prises comme objet privilégié des termes de relation établie entre expliquer et comprendre. Il signale dans les écrits la représentation des évènements, des conjonctures et des structures du passé historique. Toute explication conclut dans une compréhension et toute histoire n’est qu’une compréhension du prochain.

 

Dans le troisième thème abordé par Paul RICOEUR, l’herméneutique de la condition historique, la représentation du passé se trouve menacée par l’oubli, mais aussi elle est confiée en elle. L’oubli a de relation avec la profondeur et la manifestation de la mémoire et sa fidélité au passé. Et pourtant le pardon, fait référence à la culpabilité et à la réconciliation avec le passé. De cela, Ricoeur sanctionne son travail avec un épilogue sur le pardon difficile.

 

L’équation du pardon

I.1. Profondeur : la faute

 

La faute est un postulat existentiel du pardon. La faute se vit à partir de la sphère des sentiments. Par la réflexion, l’expérience de la faute se traduit comme un don : nous amène à réfléchir sur quelque chose ou sur quelqu’un. La responsabilisation de nos actes est la structure fondamentale qui nous permet de vivre telle expérience. Seulement, il peut exister le pardon là où il y a l’accusation ou on peut accuser quelqu’un ou présumer ou déclarer quelqu’un coupable et acceptation de la faute commise. On responsabilise l’agent des actes commis quand il est considéré comme son vrai auteur. La responsabilisation est la capacité ou aptitude en vertu de laquelle les actions sont considérées comme intégrées dans l’agent, l’homme capable d’agir.

 

Pour Ricoeur la faute est le mal, le mal moral, et elle est sur le même registre que d’autres sentiments comme l’échec, les émotions et les passions. La faute est le récit de l’histoire du désir, qui met comme présent l’abîme entre le mal de l’action et le mal qui se trouve dans la causalité ; c’est l’inadéquation entre l’agent et son désir plus profond.

 

Après la spéculation sur l’origine du mal et de la faute, Ricoeur fait recours au traitement normatif et mythique du mal comme étape nécessaire dans la recherche d’un espace du pardon, étant donné que le symbole fait penser. Le mal est un problème éthique. Il représente la limite de la mauvaise liberté de l’homme qui en même temps découvre son impuissance. Le récit biblique du premier homme explique l’origine du mal dans une instance symbolique. La pensée symbolique donne lieu à la pensée réfléchie et celle, à partir de sa lutte avec la pensée spéculative. Elle veut sauver ce que la vision éthique du mal prétend éliminer. Pour Ricoeur, la quasi nature du mal est un involutionnaire dans le volontaire, c’est l’héritage et la contingence. « La symbolique du mal jamais est pure et simple une symbolique de la subjectivité, du sujet humain séparé, de la prise de conscience, de l’homme caché de l’être, sinon symbole de la suture de l’homme à l’être » 

 

I.2. Hauteur : le pardon

 

La profondeur de la faute nous met devant l’horizon de l’impardonnable. Si le pardon était possible, il serait un mal moral. La culpabilité est l’impardonnable du fait et de droit. L’homme se trouve avec le mal, étant donné que ce mal découle de lui, mais à partir de cela la culpabilité de l’homme est radicale, il n’abandonne jamais la condition humaine.

 

La culpabilité est impardonnable parce qu’elle est le résultat de la liberté humaine. Une fois réalisée l’action qui a provoqué le mal, il est impossible de la disparaître et de dissocier l’agent et de l’acte qui a donné naissance au mal. De ce fait qu’on voit surgir la notion de la dette comme le printemps pour réactiver le passé qui sera l’objet de la narration de l’histoire.

 

Pour Paul Ricoeur, l’impardonnable du pardon est l’épreuve contre toute éthique philosophique qui se considère préservée ou protégée contre toute infiltration théologique. Le pardon est l’amour, et succombe avec l’auteur à l’évocation irrésistible de l’hymne qui le décrit de manière insurmontable (1Cor 13, 1-7 hymne paulinien à l’amour et à la charité chrétienne).

 

Le pardon est un acte de folie, c’est la folie de l’impossible, il n’a pas de mesure, son horizon est l’impardonnable dans le contraire, il ne l’est pas. Jacques Derrida signale qu’il n’est pas normal ; il est asymétrique, il doit être extraordinaire, exceptionnel, inconditionnel, et il doit avoir un sens : la réconciliation, la rédemption, l’expiation, voire le sacrifice. Pour qu’il y ait le pardon, il faut d’abord pardonner la faute et le coupable en tant que tel. Si l’une ou l’autre persiste toujours, là il y a encore irréversiblement la présence continue du mal et celui-ci va se propager voire se transformer en rage. De rage en violence et ainsi de suite, il sera déjà tard pour la conversion ou la repentance. Pour Derrida, seul l’impardonnable réclame le pardon qui est une folie de l’impossible. L’horizon de toute géopolitique du pardon est le concept de crime contre l’humanité. Le pardon seul sera possible et effectif si la société atteint le niveau de surmonter la tension entre deux extrêmes : l’inconditionnel et le conditionnel du pardon. Il s’agit d’un autre paradoxe entre deux extrêmes irréconciliables mais indissociables.

 

 

 

L’odyssée de l’esprit du pardon par les institutions

II.1. classification de la faute

 

Les situations, objets des institutions, ont toutes en commun pour classifier la faute à partir de la règle de l’impunité. Karl Jaspers classifie la faute en criminel, politique, moral et métaphysique. La classification qui correspond aux critères suivants : quelle est la catégorie de la faute ? Devant quelle instance, Avec quels effets ? Ainsi, dans le criminel, l’instance est l’autorité judiciaire, qui dans un processus formel établit les faits et applique la norme devant les actions transgressives de l’ordre.  Dans la faute politique on juge les actions des statistiques et des citoyens, qui répondent à des actions du gouvernement jamais se convertissent à une catégorie de la population criminelle. La collectivité n’a pas une conscience morale ; celle-ci appartient à chaque individu en particulier. L’instance dans ce cas, est la force et la volonté de gagnant. La faute morale signale la responsabilité de l’agent à l’agir, et en elle l’instance est la propre conscience. La faute morale et la faute pénale établissent la responsabilité de l’agent entre le temps que la faute politique fait relation au contexte des situations politiques qui déterminent ensemble la morale du citoyen. La faute métaphysique s’établit avec la base du principe de solidarité universelle entre les hommes, duquel Dieu est l’unique dernière instance de cassation.

 

Chaque aspect de faute a conséquence dans les autres sphères de la culpabilité. Les fautes morales sont une espèce où se reproduisent les crimes et où fleurit la faute politique. Et celle-ci, à son tour conditionne le climat moral dans la destruction du pouvoir.

 

La chose intéressante à propos de cette catégorisation se pose parce que, selon le degré de classification de culpabilité, ainsi sera aussi le degré de la controverse. Lorsque la faute politique est collective, alors seulement on peut responsabiliser la faute criminelle et morale aux acteurs des actions censurables. La faute politique sera aussi morale, tant au niveau individuel que collectif, quand elle détruit au travers de l’exercice du pouvoir le pouvoir même. C’est-à-dire que, au-delà du pénal, il existe la responsabilité éthique et politique en confondant les limites entre le personnel et le collectif.

 

II.2. l’imprescriptible

 

Pour Paul Ricoeur, la faute criminelle nous amène à l’imprescriptible, aux crimes contre l’humanité. La prescription est une institution judiciaire qui permet d’acquérir des droits, dans les cas du droit civil, et qu’à son tour libératoire de responsabilité, selon les termes établis en accord avec la nature des délits et des peines. La prescription en droit pénal signale aussi les extinctions de l’action en justice.

 

Les crimes contre l’humanité comprennent les actes commis contre toute population civile avant et après la guerre. L’exemple le plus caractéristique est le cas du génocide. Dans ces évènements, ce n’est pas ce qui vient provoquer la prescriptibilité. La culpabilité est le lien entre l’agent et ses actes. L’horreur devant les crimes immenses ne peut pas nous empêcher à avoir considération avec ses auteurs ; au contraire, il est la marque de notre incapacité d’aimer absolument. Le pardon met en évidence la considération due au coupable. La compréhension purement formelle d’ordre juridique aggrave la vie collective avec deux difficultés douloureuses. La première, c’est ce qui nous empêche à accepter que, en vertu du respect de la dignité humaine, la justice peut être enrichie par le pardon. La seconde, c’est ce qui nous fait face à la réalité d’ordre juridique tant dans le champ interne que international.

 

Déjà à partir de la deuxième guerre mondiale, le statut du tribunal de Nuremberg avait établi comme crimes contre l’humanité : l’assassinat, l’extermination, la réduction à l’esclavage, la déportation ou n’importe quel acte inhumain commis contre la population civile avant, pendant la guerre et voire les persécutions pour des motifs politiques, raciales ou religieuses. L’imprescriptible a un sens propre ; il s’agit de crimes que, par son énormité, ne peuvent pas être effacés à travers des temps. Ce sont des crimes qui sont contre l’essence de l’être même de la personne humaine. Ces crimes sont des conduites qui attaquent l’hominidé de l’homme, et il serait anormal que sa tragédie disparaisse simplement au fil des temps sans être puni et bénéficier du pardon. Mais le pardon tant personnel que collectif, social, politique ou national reste une conditio sine qua non, après l’acceptation responsable des crimes et fautes commis, pour un futur social ou national réconcilié, basé sur l’espérance d’une cohésion sociale.

 

Le retour sur soi

III.1. Le pardon et la promesse

 

Toute l’action humaine est imprévisible. Elle est irréversible une fois que nous agissons. Ainsi, Hannah Arendt nous introduit dans le besoin du pardon. Seulement c’est à travers la promesse et le pardon que nous pouvons surmonter l’imprévisible et l’irréversible de nos actes. Le pardon défait l’irréversible de nos actes, parce qu’il nous libère du poids négatif du passé et des conséquences de ce que nous avons pu faire. Le pardon, pour Hannah Arendt, est l’antidote contre toute vengeance. Le pardon, comme catégorie politique, a un sens seulement de responsabilité pour l’avenir. L’homme existe seulement en nous et à partir de la pluralité, la liberté et le dialogue. Le pardon est un miracle qui nous permet de continuer à vivre.

 

Ici, on nous présente ce paradoxe : d’une part, la capacité de pardonner est en relation avec la passivité d’exiger les responsabilités. Mais en même temps, le pardon réalise son essence devant l’impardonnable. Hannah Arendt affirme en le résumant que « les hommes soient capables de pardonner ce qu’ils ne peuvent pas sanctionner et ils sont incapables de soutenir ce qui résulte de l’impardonnable ». Alors que seule la société qui agit moralement bien peut juger quiconque essaie d’agir violemment contre les valeurs essentielles de la polis.

 

III.2. Délier l’agent de son acte

 

Dans son œuvre sur l’éthique et repris par Paul Ricoeur, Nocolaï Hartmann soutient la thèse de l’inséparabilité entre l’acte et son agent. Cette affirmation est un fait provocateur pour Ricoeur du fait qu’il nous conduit au caractère impardonnable. En droit, c’est le coupable de l’individualité. C’est précisément comme une réplique à cette conclusion que Ricoeur formule sa thèse sur l’exigence du pardon impossible. Alors tout se joue dans la possibilité de faire une distinction entre l’agent et son acte : délier le coupable de son acte, en le pardonnant et en condamnant son agir.

 

Cette dissociation intime n’est pas aberrante : il est conforme à une philosophie de l’action dans laquelle l’accent est mis sur les pouvoirs qui ensemble, composent le portrait de l’homme capable de. Il s’agit d’une anthropologie philosophique qui part d’une anthologie fondamentale, dans la grande polysémie sur le verbe être (Heidegger) et selon la métaphysique aristotélicienne. C’est ce qui donne à l’être comme acte et puissance. Peu importe le caractère radical qu’il soit le mal : la disposition au bien de l’être sera toujours originaire. Sous le signe du pardon, le coupable déjà ne sera pas lié à ses délits et à ses fautes. On va lui rendre sa capacité d’action, et celle-ci l’amène à recommencer et à continuer. C’est la capacité qui mérite notre attention et nous connaissons dans l’incognito du pardon qui est dans la scène publique. Cette capacité restaurée s’empare de la promesse bonne que l’homme fait pour l’avenir. Somme toute, l’homme vaut plus que ses actes.

 

Récapitulation : la mémoire, l’histoire et le pardon

 

L’étoile rectrice de la phénoménologie de la mémoire est l’idée de la mémoire heureuse, dissimulée par la définition qui lui donne la vision cognitive de la fidélité. La fidélité au passé n’est pas quelque chose donné ou présupposé. C’est un désir auquel l’originalité consiste en être une représentation d’une gamme d’actes de langage constitutifs de la dimension déclarative de la mémoire, et au même titre que tous les actes du discours, peut triompher ou échouer. Finalement, c’est dans la reconnaissance de soi-même où culmine toute démarche du pardon basée sur la mémoire.

 

La mémoire, comme est affirmée ci-haut, est catégorisée comme maîtresse de l’histoire. Sur ce, l’histoire ne peut en aucun cas effacer la mémoire ou réduire son rôle. C’est dans la critique historique que la mémoire trouve sens de la justice.

 

Conclusion

 

Nous concluons cet essai de compréhension et d’interprétation en disant que Paul Ricoeur note qu’il y a une tension entre l’oubli et le pardon, entre la mémoire et l’oubli. Il souligne la relation asymétrique entre ces termes. L’oubli développe des situations durables et historiques, constitutifs du caractère tragique de l’agir humain. Il empêche encore le développement de l’action humaine. Le pardon signifie oublier la dette pour rompre le cercle de la répétition de la faute. Cependant, le pardon ne signifie pas oublier la dette quand elle se comprend comme la reconnaissance de l’héritage. L’oubli est mauvais et jamais il rend l’homme heureux totalement. Le pardon défait l’oubli et il rétablit des relations et des dialogues. Le pardon recycle la mémoire du passé pour attendre d’un futur meilleur et prend soin du présent. Pour revenir au passé, il faut oublier le présent. Pour récupérer le présent on doit suspendre les liens du passé avec le futur, dans un geste comme un nouveau commencement. Et toujours l’oubli qui se conjugue dans le présent. C’est pour cela que le pardon est difficile, mais il est toujours nécessaire et vital.

RICOEUR Paul, La mémoire, l´histoire et l´oubli, Paris, Seuil, 2000, p. 593 – 695.

Ídem, p. 106 – 108.

Ídem, p. 596 – 599.

RICOEUR Paul, Introduccion a la simbolica del mal, Buenos Aires, Megapolis, 1976, p. 38.

Ídem, p. 604.

DERRIDA Jacques, Le siècle et le pardon, Paris, Seuil, 2000, p. 103 – 128.

JASPERS Karl, El problema de la culpa, Barcelona, Paidos, 1998, p. 53 – 54; La culpabilité allemande, Paris, Ed. Minuit, Coll. “Arguments”, 1990, cité par RICOEUR Paul, op. Cit., p. 608 – 609.

ARENDT Hannah, La condición humana, Barcelona, Paidos, 1993, p.262.

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