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Le blog de gmanzukula-alternatif-congolais.over-blog.com

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Dans ce blog, il sera question de publier toutes les réflexions, articles, commentaires et opinions à caractère socio-économiques, politiques, culturels et religieux.


NOTRE FOI EN L’EGLISE-FAMILLE DE DIEU

Publié par Gabriel Manzukula Mjrrdcongo sur 25 Avril 2011, 08:21am

Catégories : #Pastoral

 NOTRE FOI EN L’EGLISE-FAMILLE DE DIEU

Lettre Pastorale pour le Carême

(Mars 2011)

 

Chers frères et sœurs dans le Christ,

A vous tous, membres de l’Eglise-Famille de Dieu, dans l’archidiocèse de Lubumbashi, qui êtes, par la foi, en communion avec nous, « grâce et paix de par Dieu, notre Père, et le Seigneur Jésus-Christ » (2 P1,2).

0. Introduction

Dire encore aujourd’hui « Je crois en l’Eglise-Famille de Dieu », reste pour chacun de nous une adaptation inculturée et actuelle de cette foi fondamentale que nous avons reçue et proclamée le jour de notre baptême. Tous les dimanches, au moment du Credo, nous professons notre foi « en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique ». C’est cette croyance de toujours que, dans un contexte tout particulier, l’Eglise de Dieu qui est en Afrique a opté pour l’image qui lui est chère, celle de la « Famille de Dieu ».

C’est dans cette vision de foi que le peuple de Dieu qui est en Afrique entend désormais vivre son Alliance avec Dieu, par le Christ et dans l’Esprit Saint. Tout son apostolat, en faveur de la justice, de la paix et de la réconciliation, doit se réaliser dans la perspective de cette foi ecclésiale. L’Afrique qui est souvent en mal de décollage, à plusieurs niveaux, est conviée à baliser le chemin de sa reconstruction sur les dons divins de paix, de justice et de réconciliation. Il s’agit là des vertus, des forces divines, et non pas des aboutissements des efforts purement humains. C’est pourquoi, j’estime plus urgent que chaque membre du Peuple de Dieu de l’archidiocèse de Lubumbashi vive encore aujourd’hui ce Credo de l’ecclésiologie africaine : Je crois en l’Eglise Famille de Dieu. Tel est l’héritage de deux Assemblées spéciales du synode des évêques pour l’Afrique.

Nous avons à rendre infiniment grâce à Dieu, car cette profession de foi en l’Eglise-Famille de Dieu, nous fait comprendre combien nous sommes gratuitement bénéficiaires d’une abondance de grâces, de la part de Dieu.

A présent, je me propose d’inviter toute l’Eglise-Famille de Dieu de Lubumbashi, à redire sa foi baptismale, en se redécouvrant comme un seul peuple de Dieu, une seule Famille dont Dieu est le Père, pour « marcher ensemble » (synodus = marcher ensemble, regarder dans la même direction). Ce message s’adresse à chaque membre de l’Eglise-Famille de Dieu de Lubumbashi. Notre situation actuelle exige que chacun de nous fasse une conversion de cœur, un changement de mentalité et un renouvellement intérieur.

Voilà, mes chers frères et sœurs, comment j’entends vous proposer la méditation, pendant ce temps précieux de carême que nous commençons, en recevant chacun de nous dans l’humilité les cendres, en signe de notre propre pénitence et conversion.

1.    L’Évangile de la Pénitence de l’homme

et de la Miséricorde de Dieu

 

1.1. Sens et valeur du temps de Carême

Le temps liturgique est un don que tout baptisé est appelé à accueillir et à vivre comme grâce divine. Une telle attitude permet de pouvoir inscrire sa propre histoire de vie chrétienne dans le dessein salvifique de Dieu. Il me semble nécessaire de rappeler à notre conscience chrétienne, le sens et la valeur du temps de carême, dans notre vie comme disciples du Christ et enfants de Dieu.

Le carême s’ouvre le mercredi des cendres. Il est un temps de quarante jours de jeûne, de prière et de partage qui prépare les chrétiens à commémorer le mystère de leur salut. Le temps de carême rappelle les quarante jours passés par Moïse sur le Sinaï, avant de recevoir la Loi de l’Alliance. Il rappelle aussi le jeûne vécu par le Christ, pendant quarante jours, dans le désert avant de commencer son ministère. Les chrétiens se préparent ainsi à célébrer le mystère pascal de la mort et de la résurrection du Seigneur, durant quarante jours de pénitence.

La Parole de Dieu que nous entendrons, pendant ce temps de carême, viendra réveiller notre foi pour susciter en nous un effort de conversion, une prière plus intense et un partage fraternel de ce que Dieu nous donne avec les plus démunis.

1.2. Jeûne, prière et conversion

Selon la liturgie de la Parole de Dieu du mercredi des cendres, c’est de tout notre cœur qu’il faut revenir à Dieu. Le prophète Joël insiste sur la nécessité profonde de cette conversion. Elle s’exprime normalement par les signes rituels de jeûne et de prière publique, dont aucun membre de la communauté n’est dispensé. Tous ceux qui prendront part à la liturgie du mercredi des cendres, en recevront sur leur front, en signe de leur propre pénitence. Ainsi tout est remis à la miséricorde gratuite de Dieu, toujours prêt à pardonner à son peuple, parce qu’Il est le seul vrai Dieu, fidèle à son Alliance, Lui l’Amour et la Miséricorde. L’appel à la conversion dont il est question dans la prophétie de Joël sollicite la prière du pénitent dont le psaume du jour (Ps 50) fait l’écho.

 

1.3. L’Eglise-Famille de Dieu, l’envoyée du Christ

Comme le Christ est l’envoyé du Père pour réconcilier le monde avec lui, ainsi l’Eglise est l’envoyée du Christ, pour annoncer aux chrétiens que nous sommes, la grâce divine de paix, de justice et de réconciliation. Saint Paul (2 Co 5,20-6,2) nous exhorte à ne pas recevoir en vain cet appel. Le carême est donc pour nous, un temps favorable pour répondre à cet appel de notre Père, dans notre vie. C’est ainsi que, complétant le prophète Joël, l’évangéliste Matthieu (6,1-6.16-18), dans la liturgie du mercredi des cendres, met l’accent sur la vérité de notre attitude personnelle devant Dieu. Il s’attache à trois démarches fondamentales –aumône, prière, jeûne – dans lesquelles s’exprime l’obéissance filiale de l’homme à la volonté paternelle de Dieu, manifestée dans ses commandements. Se refusant à toute recherche hypocrite de l’estime des hommes, le chrétien s’efforce de vivre sous le regard du Père, qui sera son unique récompense.

1.4. L’imposition des cendres

Avant de poursuivre cette compréhension du sens de carême à la lumière de la Parole de Dieu nous proposée, durant tout le parcours liturgique, je voudrais m’arrêter sur le rite même de l’imposition des cendres.

Dans la Bible, se couvrir la tête de cendres, revêtir le sac et jeûner, sont des signes de pénitence, exprimant le repentir de l’homme pécheur qui implore la miséricorde de Dieu (Jdt 9,1 ; Dn 9,3 ; Jon 3,6) et la résolution qu’il a prise de convertir son cœur pour aimer Dieu et son prochain (Is 58,5-7 ; Jl 2,12-13). Recevoir les cendres, au début du carême, c’est : reconnaître que nous sommes pécheurs ; invoquer la miséricorde de Dieu sur toute l’Eglise Famille de Dieu et manifester notre désir sincère de conversion. La foi en la Parole de Dieu nous fera passer avec Lui de la mort à la vie éternelle (Jn 5,24). C’est au prix d’une attitude et d’un sentiment d’humiliation devant Dieu, que la réception des cendres devient signe d’un cheminement de pénitence et de conversion, vers la renaissance, pour une vie nouvelle dans et avec le Ressuscité. C’est vers toute cette signification que nous conduisent les différentes liturgies de la Parole de Dieu du temps de carême.

1.5. Le sens du carême à la lumière de la Parole de Dieu

Les deux premiers dimanches de ce temps de carême sont centrés sur la tentation et la transfiguration du Seigneur. Dans la vision de l’évangéliste Matthieu, les tentations de Jésus doivent être expliquées en rapport étroit avec l’histoire de la Passion. Les trois évangélistes synoptiques soulignent le lien entre la tentation de Jésus et son baptême. Jésus a voulu faire l’expérience de « retraite » avant de commencer son ministère. Le désert est un lieu tout indiqué pour ce genre d’expérience; il est le lieu du silence où l’homme se trouve face à lui-même, devant et dans la vérité de sa propre vie, comme créature devant son Créateur. Matthieu met en relief le fait que Jésus soit conduit au désert par l’Esprit. Cela montre que la tentation fait partie du dessein de Dieu sur son Fils. Aujourd’hui, voici le grand combat de Jésus qui reste une invitation pressante pour chacun de nous à entrer dans son propre combat, durant ce temps de carême. Nous voici donc avertis que, pour nous aussi, notre baptême ne nous dispensera pas d’être soumis aux épreuves et aux différentes tentations. Pour résister aux différentes tentations qui peuvent remettre en question notre propre foi en l’Église-Famille de Dieu, il nous faut jeûner, nous mortifier et nous purifier.

1° Je voudrais m’arrêter sur les trois tentations de Jésus. Les trois réponses de Jésus au tentateur sont tirées du Livre du Deutéronome, ce livre de la Bible qui propose une relecture théologique des quarante ans de vie au désert du Sinaï, et des exigences de l’Alliance. Jésus est donc présenté ici comme le nouvel Israël. Toutefois, Jésus est vainqueur alors que le peuple de Dieu, éprouvé par la faim et la soif, avait succombé en murmurant contre Dieu (Ex 16,8). La réponse de Jésus est toujours d’actualité, et nous interroge : nous, de quoi avons-nous plus faim, aujourd’hui ?

La deuxième tentation, celle « contre la foi », nous conduit parfois à vouloir nous « approprier » Dieu, pour en faire un Dieu à notre service et à notre mesure. Je pense ici aux différentes pratiques que l’on rencontre ça et là, dans certains groupes de prière et chez certains prêtres, qui frisent malheureusement l’occultisme et la tendance magique.

Après l’épreuve de l’espérance et de la foi, voici que la troisième tentation présente l’épreuve de la charité, l’épreuve de l’amour qu’Israël est appelé à manifester à son Dieu. Nous sommes tentés, c’est vrai, à diviniser toutes sortes de choses : nos richesses, notre appartenance tribale et ethnique, notre sensibilité politique, notre rang social, notre connaissance intellectuelle. A la lumière de notre foi en l’Église-Famille de Dieu, le carême de cette année nous montre qu’elles sont nombreuses nos idoles, tout ce qui tente de prendre la place de Dieu dans notre vie des baptisés. Ce carême nous est donné pour nous libérer des faux dieux et professer notre foi authentique en l’Église-Famille de Dieu.

2° C’est cette démarche qui va nous conduire, comme nous enseigne la Parole de Dieu du deuxième dimanche de carême (Mt 17,1-9), à « transfigurer » notre propre vie, à l’instar de notre Seigneur Jésus Christ. Les trois évangélistes synoptiques placent ce récit de la transfiguration au tournant du ministère de Jésus. Les disciples qui étaient avec Jésus se trouvèrent enveloppés par la présence de Dieu. En se prosternant contre terre, ils reconnurent qu’ils étaient devant une manifestation divine : réflexe religieux de l’homme mis en présence de Dieu. Est-ce que nous savons adorer? Car adorer c’est l’acte suprême de l’homme. L’homme n’est pas fait pour se replier sur lui-même, dans une sorte d’autodestruction. Il est fait pour s’ouvrir à l’autre par l’amour, au prochain par la charité. Et son achèvement se réalise quand il s’ouvre au « Tout Autre » par l’adoration. C’est cette attitude religieuse d’adoration que nous rappellent les grandes catéchèses de trois dimanches suivants.

3° Le troisième, le quatrième et le cinquième dimanches de carême – rétablis comme jours de grands scrutins pour les catéchumènes qui seront baptisés à Pâques – exposent les catéchèses baptismales traditionnelles sur l’eau et l’Esprit (dans l’Evangile de la rencontre du Christ avec la Samaritaine), la lumière de la foi (dans l’Evangile de la guérison de l’aveugle-né), la mort et la vie (dans l’Evangile de la résurrection de Lazare). Ces passages de l’Evangile de Jean prévus pour l’année liturgique A, peuvent être repris les autres années. Mais le lectionnaire de l’année liturgique C propose aussi trois péricopes évangéliques propres, qui rappellent la nécessité de la pénitence et qui proclament la miséricorde divine à l’égard des pécheurs pénitents.

L’eau vive de la Samaritaine (Jn 4,5-42) nous présente la vitalité de l’eau. Il n’y a aucune vie sans eau. Cet élément apparemment banal, et si simple, est la chose la plus « précieuse » qui existe. Dans la Bible, « l’eau vive » est l’image même de Dieu qui donne la vie (Jr 2,13; Ez 47,1; Za 14,18). Le symbole de l’eau remplit l’Evangile de Jean (Jn 3,5; 5,7; 7,38; 19,34). Jésus est la source d’eau qui donne la vie éternelle, le salut. Jésus est donc celui qui étanche la soif la plus fondamentale de l’homme. C’est ce que saint Jean nous fait découvrir, palier par palier, en nous faisant descendre dans le puits profond qu’est le mystère de la personne de Jésus. Le messie fait jaillir l’eau de la vie éternelle et apprend à l’humanité sa vraie soif : adorer le Père en esprit et en vérité. Tant qu’il n’a pas découvert cette source, Jésus dont toute la nourriture est de faire la volonté du Père, le monde mourra de faim et de soif. Il nous faut ouvrir les yeux de la foi pour voir cette nourriture et cette boisson qui sont toujours au « menu » du festin de l’Église-Famille de Dieu, dans laquelle nous réitérons notre foi.

La guérison de l’aveugle de naissance (Jn 9,1-41), c’est la guérison de chacun de nous. Cet homme aveugle de naissance, au-delà de son cas pitoyable, il reste dans le génie de l’apôtre Jean, théologien symboliste et théologien sacramentel, le symbole de l’humanité plongée dans la nuit de son péché, quand elle ne connaît pas Jésus, quand ses souffrances semblent sans signification. C’est tout le sens du baptême exprimé par la piscine de Siloé. La personne de Jésus engage à faire une option : il faut choisir! Dans les écrits johanniques, il y a un jeu constant entre les deux verbes : « voir » et « croire. On voit des signes qui invitent à croire » (Jn 1,50; 3,36; 4,48; 6, 26.36.40; 9,39.41; 11,45; 20,8; 20,29). Notre regard de la foi nous fait voir aussi tant de signes qui nous invitent à croire pour pouvoir participer à la gloire de la résurrection, comme l’a vécu Lazare.

La résurrection de Lazare (Jn 11,1-45) est le « sacrement » de la vie éternelle réservée à celui qui croit en Jésus comme le Messie. La vie d’un croyant est pleine de résurrection, pleine de vie, pleine de joie. C’est Jésus lui-même qui nous donne cette garantie : «Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais ». Nous sommes aussi conviés à interroger notre propre foi. La question fondamentale, pour l’homme, selon Jésus, n’est pas d’abord de pouvoir sortir du tombeau un jour, mais de passer, dès maintenant, de la mort à la vie par une adhésion de foi à la personne de Jésus. Et pourtant, plusieurs structures et situations nous maintiennent captifs dans nos tombeaux et nous empêchent ainsi de passer de la mort à la vie. Notre foi en l’Église-Famille de Dieu nous invite à passer des ténèbres, constituées par toutes les attitudes et les habitudes mortelles contraires à notre foi, pour nous ouvrir à la grande fraternité universelle, inaugurée par les bras ouverts sur la croix de notre Seigneur Jésus Christ, pour lequel il n’y a ni juif, ni grec, ni étranger... seulement l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

4° Pour ce faire, il nous faut accepter d’insérer notre propre vie dans le mystère de la Passion de notre Seigneur Jésus Christ, comme nous le propose la méditation du dimanche des Rameaux (Mt 26,14-27.66). C’est Dieu qui conduit l’histoire de l’homme. En écoutant la Passion, en la méditant, ne restons pas seulement à un niveau humain de sensibilité et de douleur. Je vous invite à vous laisser emporter par l’adoration et l’action de grâce de Celui qui, tout en étant innocent, a accepté de porter nos péchés et notre mort, pour que nous vivions dans l’éternité. C’est à cette vie éternelle, professée dans notre foi en et avec l’Église-Famille de Dieu que nous convie la solennité de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ, le jour de Pâques. Allez dire à toutes les nations qu’Il est ressuscité d’entre les morts. N’est-ce pas l’annonce pressante de la Parole qui retentit aux portes de l’Église-Famille de Dieu de Lubumbashi ?

Le propre du chrétien, c’est de ne pas être « là sans agir», devant le tombeau vide : Jésus est « ailleurs» et Il est présent. Je voudrais dire que là où tu es, tu peux le rencontrer par la foi. Il faut alors accueillir l’héritage des Assemblées synodales pour l’Afrique, de 1994 et de 2009, comme expérience de la résurrection à faire dans l’Église-Famille de Dieu de Lubumbashi. C’est dans ce sens que les acquis de ces deux Assemblées synodales restent des expériences de passage pour une nouvelle manière d’être Eglise, Eglise-Famille de Dieu.

2. Héritage synodal, défis du mystère de l’Eglise et de notre pénitence

2.1. La célébration de deux Assemblées synodales

L’Église-Famille de Dieu qui est en Afrique   venait de célébrer deux Assemblées synodales. C’est l’héritage de ces deux rencontres d’Eglise que je voudrais rappeler à la mémoire de chacune de nos réalités composantes de notre Eglise locale.

Les propositions faites par les Pères synodaux, à la première Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour l’Afrique, célébrée à Rome du 10 avril au 8 mai 1994, ont été promulguées dans l’exhortation apostolique post-synodale « Ecclesia in Africa », sur l’Église en Afrique et sa mission évangélisatrice vers l’an 2000, par le Serviteur de Dieu, le Pape Jean-Paul II. Je me demande, combien de nos frères et sœurs connaissent l’existence de ce document ? De plus, ceux qui en ont entendu parler, ont-ils eu l’occasion de l’approfondir?

Nous avons là un héritage précieux que notre Eglise locale est aussi appelée à en bénéficier. Pour rappel, c’est au cours des assises de ce forum ecclésial que l’option ecclésiologique d’Eglise-Famille de Dieu fut prise par les Pères synodaux et assumée par le Pape dans son exhortation post-synodale, « Ecclesia in Africa ».

C’est cette intuition ecclésiologique que j’aimerais imprimer en vos cœurs, mes frères et mes sœurs, membres de l’Église-Famille de Dieu de Lubumbashi, dans cette première lettre pastorale que je vous adresse aujourd’hui.

Voici donc un sujet qui demande un approfondissement au niveau des doyennés, des commissions diocésaines, des Séminaires, des paroisses, des communautés religieuses, des Communautés Ecclésiales Vivantes de Base (CEV), des groupes apostoliques, des écoles, des familles.

2.2. Ecclesia in Africa, fruit du synode pour l’Afrique (1994)

J’invite toutes les composantes de notre Eglise locale à exploiter à fond les richesses de Ecclesia in Africa, je voudrais en évoquer ici les grandes idées.

L’Église est notre Famille. L’émergence de ce thème central du premier Synode sur l’Afrique devra certainement avoir un grand impact sur la vie de nos communautés chrétiennes dans notre diocèse. Il s’impose que l’on analyse plus à fond et qu’on mette à la portée de l’ensemble de toutes les composantes de notre diocèse, ce thème central du premier Synode pour l’Afrique. Je considère cette invitation comme un devoir, pour chaque réalité ecclésiale de notre diocèse. Une telle étude, j’en suis convaincu, pourra ainsi devenir source de vie spirituelle, d’engagement communautaire et de dynamisme nouveau, pour la mission et l’apostolat de tout baptisé de notre diocèse.

Le concept d’Eglise-Famille est un choix fait par l’Église de Dieu qui est en Afrique. Il n’est donc pas une nouveauté. Nous en trouvons des références avant le Synode et hors d’Afrique : Lumen Gentiun 6, 28, 51, 28,50.1; Gaudium et Spes 32,3; 40,1.2; 43,4.5; Ad Gentes 1. Parmi les images bibliques dans Lumen Gentium, celle qui s’applique le mieux à l’Afrique est l’image de l’Église-Famille, l’Église comme Maison de Dieu (cf. 1 Tm 3,15). Cette idée d’Eglise comme Famille de Dieu parmi les hommes va revenir souvent dans les réponses aux Lineamenta.

Les théologiens ont vite cherché un fondement doctrinal à cette vision ecclésiologique, à savoir le mystère de la Sainte Trinité. Ce dogme de foi permet à l’Église de Dieu qui est en Afrique d’exprimer les profondes valeurs chrétiennes et africaines de communion, de solidarité, de fraternité et de paix, au delà du cadre restreint de la famille élargie biologique.

La notion de famille très forte en Afrique doit exprimer par une image concrète, la profonde notion ecclésiologique de communion de tous ceux qui croient en Dieu, comme révélé par Jésus-Christ. L’image de l’Eglise-Famille touche profondément les réalités sociales et les valeurs culturelles de l’Afrique. C’est une notion qui peut donc bien aider à comprendre l’Église, à vivre en Eglise, à s’engager avec l’Église pour la construction d’un Congo nouveau, plus beau qu’avant.

Je voudrais inviter particulièrement ici les Communautés Ecclésiales Vivantes de Base à s’enrichir de cette notion théologique de l’Eglise-Famille de Dieu. En outre, qu’elles aient une motivation missionnaire de cette notion de l’Eglise, à laquelle tous les membres de nos paroisses sont appelés à y appartenir. Les CEV devront donc être les lieux privilégiés de la concrétisation et de la contextualisation de l’Église-Famille de Dieu; lieux d’expression d’une fraternité et d’une communion qui ne se réfèrent plus aux liens claniques, tribaux et ethniques. C’est donc dans le dogme trinitaire, et non dans la famille humaine que l’Église-Famille de Dieu trouve son fondement. C’est l’occasion de rappeler les exigences évangéliques évoquées par l’image de l’Eglise-Famille de Dieu : la charité, la bonne entente, le dialogue, la prière commune, l’écoute commune de la Parole de Dieu, la solidarité, le partage, le pardon, la fraternité sans frontières. Les CEV sont les lieux de l’Inculturation du message évangélique; elles sont les lieux de l’engagement des chrétiens dans les responsabilités sociales et dans la prise en charge matérielle de l’Église; elles sont les lieux de la formation fondamentale et permanente de tous les baptisés.

2.3. Le synode pour l’Afrique (2009)

L’assomption de cette réalité de l’Église-Famille de Dieu devra permettre la transformation de nos communautés chrétiennes et de nos vies personnelles, en lieux de paix, de réconciliation et de justice. C’est dans ce sens qu’il convient d’accueillir la deuxième Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour l’Afrique, célébrée à Rome du 4 au 25 octobre 2009, dont l’exhortation apostolique post-synodale n’est pas encore publiée. Toutefois, en ayant sa source dans la Sainte Trinité, l’Église-Famille de Dieu au sein de laquelle l’Esprit Saint est la relation de communion, ne peut que mettre en pratique les vertus divines de paix, de justice et de réconciliation. Ces dons de Dieu, doivent être surtout promus dans et par les CEV. C’est le Christ qui reste notre Paix, notre Justice et notre Réconciliation. La foi en l’Église-Famille de Dieu pourra rendre effective la réalité de la paix, de la justice et de la réconciliation dans notre diocèse, dans nos paroisses, dans nos communautés religieuses, dans nos groupes paroissiaux, dans nos CEV.

La deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique, du Synode des Evêques, mérite que nous lui prêtions une attention particulière, au sein de nos réalités de vie. Je voudrais rappeler la pertinence de son thème : « L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13.14).

Au regard de la situation générale de nos communautés, un tel thème est d’une portée incommensurable. Face aux nombreux défis que le lot de malheurs pose à notre vie quotidienne, nos communautés chrétiennes sont, plus que jamais, invitées à devenir réellement sel de notre territoire et lumière de notre contrée. Tel est l’engagement de foi qui est attendu de la part de chaque membre qui croit en l’Église-Famille de Dieu.

3. Notre engagement de foi et notre marche vers le synode diocésain

3.1. Transfiguration de nos CEV, nos paroisses et notre diocèse

Notre marche ne peut être que celle indiquée par le Christ : se convertir, pour le suivre. Notre manière de vivre, comme Eglise et en Eglise, est appelée à se conformer à la volonté de Dieu qui veut que tous vivent comme ses enfants, sous son unique regard paternel. Ainsi, dans l’Eglise-Famille il n’y aura ni juif, ni grec, ni païen, ni étranger. Il n’y aura que des frères et des sœurs. Il ne s’agit pas d’une utopie. Jésus ne nous demande pas de vivre dans les illusions.

C’est aujourd’hui et maintenant que nous sommes appelés à travailler à la transfiguration de nos communautés, pour qu’elles deviennent réellement des Familles de Dieu. Tel devra être le grand témoignage de crédibilité de la foi de l’Église-Famille de Dieu de Lubumbashi. Ceux qui nous voient vivre devront dire : voilà comme ils s’aiment, comme ils sont heureux, l’Esprit de Dieu est avec eux. Alors, nous dit Jésus, à ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres (Jn 13, 34).

3.2. Examen de conscience en Famille de Dieu

Un engagement de foi est requis. Il y a donc une crise spirituelle qui nécessite un sursaut intérieur. La racine profonde de la crise réside dans le cœur de l’homme. Voilà pourquoi, en appelant au redressement de la nation, les évêques du Zaïre notaient que « le mal zaïrois est avant tout un mal moral » qui consiste « dans l’effritement des valeurs morales sur lesquelles doit reposer tout édifice national » (CEZ, Appel au redressement de la nation, 1978, p. 10). Nous sommes en face d’une faillite spirituelle et le cœur de l’homme est malade. C’est notre cœur qui est malade et qui nécessite la guérison que nous apportent la passion, la mort et la résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ.

L’opportunité de cette Lettre Pastorale est donc de permettre à toutes les composantes de notre Eglise locale de s’interroger à fond, sur la qualité de leur profession de foi et de leur vie de foi, comme Eglise-Famille de Dieu. Celle-ci voit le jour, lorsque l’écoute de la Parole de Dieu est accompagnée des actes concrets de foi.

Dans cette optique, ce qui est le plus attendu aujourd’hui, dans nos communautés de foi, nos paroisses, nos CEV, nos communautés religieuses, nos groupes paroissiaux, c’est que l’Église-Famille de Dieu de Lubumbashi se mobilise, notamment autour d’un projet historique et évangélique de société, et s’ouvre aux fidèles qui constituent la base à partir de laquelle les questions sont débattues et mûries.

C’est pourquoi, après avoir proposé cette réflexion sur la manière d’être Eglise Famille de Dieu, dans notre diocèse aujourd’hui et après avoir rendu grâces au Seigneur, pour les grandes merveilles qu’il a opérées au milieu de nous, tournant nos yeux vers l’avenir, je voudrais annoncer mon intention de convoquer dans les mois à venir le synode diocésain, le lieu où se fera notre examen de conscience communautaire. Que toutes nos célébrations et nos rites, durant ce temps de carême, concourent à la réalisation et à l’éclosion de cette foi ecclésiale.

3.3. Ensemble, bâtissons notre Eglise-Famille de Dieu

Chers frères et sœurs, notre foi en l’Église-Famille de Dieu de Lubumbashi a comme ultime finalité d’aider chacun de nous à apporter sa pierre, dans la construction de notre communauté de foi. Nous sommes tous coopérateurs de l’œuvre de Dieu. Que ce temps de carême soit par ailleurs valorisé dans chaque famille, CEV, paroisse, communauté religieuse, groupe paroissial, pour éloigner tout ce qui étouffe l’Esprit et pour intensifier ce qui nourrit l’âme, en l’ouvrant à l’amour de Dieu et du prochain, comme écrivait le pape Benoît XVI, dans son message pour le carême de 2009. A cette occasion, le Souverain Pontife invite, en outre, à plus d’engagement dans la prière, dans la lectio divina, dans la pratique du sacrement de la Réconciliation et dans la participation active à l’Eucharistie, surtout la messe dominicale.

Partant, je voudrais inviter chacun de vous à demander au Seigneur la grâce de combattre toute pensée, toute action qui porte atteinte à notre foi en l’Église-Famille de Dieu. Nous sommes tous frères et sœurs. Nos différences tribales, ethniques, sociales, politiques ne peuvent pas constituer des barrières entre nous. L’unique foi en l’Église-Famille de Dieu qui nous unit les uns aux autres est plus forte et plus solide que nos différences. Et celles-ci, quand elles sont positivement canalisées, concourent à l’édification de notre communion.

3.4. Que pouvons-nous faire, durant ce temps de carême ?

Faisant suite aux recommandations du Saint Père, que je viens d’évoquer ci-haut, je voudrais particulièrement vous inviter, en ce temps de carême de cette année, à des pratiques précises :

1.       Pendant ce temps de carême, je demanderais à tous les curés, recteurs des chapelles et aumôniers de différents services, d’organiser des célébrations pénitentielles, nourries de la Parole de Dieu, avec l’absolution individuelle de chaque pénitent. Que les prêtres qui seront sollicités à cette occasion, manifestent leur disponibilité ministérielle.

2.       Des résolutions individuelles et communautaires relatives à la vie et à l’esprit de famille que professe notre Credo, devraient être concrètement prises en compte, pour notre témoignage de foi, en notre Église-Famille de Dieu.

3.       Pour les enseignements en groupe, dans les homélies des agents pastoraux, que le sens du péché individuel et communautaire soit approfondi. C’est pourquoi, outre les célébrations pénitentielles que je recommande plus haut, que les curés, les recteurs de chapelle et les aumôniers se montrent plus disponibles, en ce temps de carême, pour accueillir au confessionnal, à temps et à contre temps, leurs frères et leurs sœurs, assoiffés de la miséricorde de Dieu.

4.       J’exhorte toutes les communautés paroissiales à célébrer avec foi et dévotion le chemin de croix chaque vendredi. Que cet exercice de piété et de foi soit bien préparé par les curés et leurs collaborateurs, afin que cette célébration aide les participants à découvrir leur péché et à redécouvrir la force rédemptrice actuelle de la passion, de la mort et de la résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ.

3.5. Notre péché personnel et communautaire, c’est le mépris de la Parole

Avec cette disposition intérieure, entrons dans le climat pénitentiel du carême, en reconnaissant particulièrement notre péché contre tout esprit de famille, de communion et d’unité. Nous sommes le temple que Dieu construit. L’Esprit Saint fait de chacun de nous, comme baptisé, son temple non seulement en le sanctifiant par sa présence, mais en l’insérant dans l’Église, temple du Dieu vivant. Écoutons attentivement ces paroles de l’apôtre Paul : « Car nous sommes les coopérateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu. Selon la grâce de Dieu qui m’a été accordée, tel un bon architecte, j’ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit. De fondement, en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, c’est-à-dire Jésus Christ... c’est ce feu qui éprouvera la qualité de l’œuvre de chacun. Si l’œuvre bâtie sur le fondement subsiste, l’ouvrier recevra une récompense ; si son œuvre est consumée, il en subira la perte... Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré et ce temple, c’est vous. » (1 Co 3,9-17).

Nos communautés sont donc invitées à illuminer prophétiquement le monde des ténèbres, puisqu’elles sont « temple de Dieu », lieu où l’on écoute et l’on vit selon la Parole de Dieu. L’exhortation apostolique post-synodale du Pape Benoît XVI, Verbum Domini du 30 septembre 2010, mérite une attention toute particulière dans toutes nos communautés chrétiennes. En effet, le Pape veut « renouveler la foi de l’Église dans la Parole de Dieu » (VD 27), car estime-t-il, « le péché c’est la non écoute de la Parole de Dieu » (VD 26). La familiarité de la Parole de Dieu aidera donc nos communautés à affronter les différents défis lancés à la foi, en l’Église- Famille de Dieu.

4. Conclusion

Que la Bienheureuse Vierge Marie, Notre Secours, nous accompagne et nous soutienne dans notre cheminement et notre effort pour libérer notre cœur de l’esclavage du péché, afin de le rendre plus « temple de Dieu ». Je vous assure ma fervente prière pour que, tous les baptisés de notre Eglise- Famille de Dieu du diocèse de Lubumbashi, puissent vivre fructueusement ce temps de carême. De tout cœur, j’accorde à tous, la bénédiction apostolique.

+ Jean-Pierre TAFUNGA MBAYO

Archevêque de Lubumbashi

Prière pour consolider la foi en l’Église-Famille de Dieu,
en vue de la préparation du synode diocésain

Seigneur notre Dieu,

Dans ton Amour et ta Miséricorde,

Tu nous as créés à ton image et à ta ressemblance,

pour que nous soyons dans le monde le « sacrement » de ta présence.

Dans ton désir de nous donner la vie éternelle,

Tu nous as envoyé ton Fils pour nous libérer de l’esclavage du péché

et nous redonner la possibilité de demeurer dans ta Famille.

Nous te rendons grâce.

Notre Archidiocèse de Lubumbashi s’engage à partir

de ce temps de carême, dans son cheminement

vers la célébration de son synode diocésain.

Nous T’implorons humblement,

Donne à tes fils et à tes filles ta force et ta sagesse,

pour qu’ils soient à même de témoigner de l’Evangile de Famille,

de fraternité, de communion, de paix, de justice et de réconciliation,

là où ils vivent.

Puisse la lumière du Saint Esprit guider nos pas

vers le prochain synode diocésain.

Aide-nous Seigneur à te faire connaître et à faire aimer ta Parole,

à travers toute notre vie.

Qu’à l’exemple de Marie qui a su garder dans son cœur ta Parole,

notre Archidiocèse de Lubumbashi se laisse éclairer par la lumière

du Verbe divin,

pour devenir une vraie école de la foi et de la formation à

la coresponsabilité ecclésiale,

par Jésus le Christ notre Sauveur. AMEN.

 + Jean Pierre TAFUNGA MBAYO

Archevêque de Lubumbashi

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