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Le blog de gmanzukula-alternatif-congolais.over-blog.com

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Dans ce blog, il sera question de publier toutes les réflexions, articles, commentaires et opinions à caractère socio-économiques, politiques, culturels et religieux.


Pourquoi la guerre persiste à l'Est de la RDC??? Partie 2

Publié par Gabriel MANZUKULA Mjrrdcongo sur 25 Novembre 2012, 19:41pm

Catégories : #Actualite

AFRIQUE-ASIE JUILLET AOUT 1998

 

Venu au pouvoir en mai 1997 dans les bagages de la coalition rwando-angolo-ougandaise qui a renversé le président Mobutu Sese Seko, Kabila voit ses parrains d'hier, qui lui ont tissé une couronne de guérillero nationaliste et progressiste, l'accuser désormais de vouloir s'affranchir de leur tutelle et, par conséquent, d'être un dictateur pire que son prédécesseur... C'est un peu l'histoire de la colombe de Kant qui pensait mieux voler si l'air ne la gênait pas, On a l'impression de voir en Kabila le Christophe de la tragédie d'Aimé Césaire disant: «Oui, oui, mes bons maîtres, je le sais que, dans votre constitution, je ne serai rien d'autre que le gros bonhomme de bois noir; le jacquemart débonnaire occupé à frapper de son épée dérisoire et pour l'amusement des foules, les heures de votre loi sur l'horloge de son impuissance».

 

Au départ, pour succéder au maréchal Mobutu Sese Seko, qui a longtemps protégé et défendu les Tutsis rwandais exilés dans son pays, avant que ceux-ci ne retournent le poignard contre lui, Laurent Désiré Kabila n'était pas l'homme providentiel. Du côté de Kigali, on misait plutôt sur un illustre inconnu kasaien qui a fait ses armes avec les rebelles Tutsis dans les maquis ougandais. Il a fallu plusieurs négociations avec le vice-président rwandais Paul Kagame et le président Yoweri Museveni pour surmonter les préventions contre Kabila, celui que dans, ses Mémoires, le révolutionnaire argentin Ernesto Che Guevara qualifiait de «noceur». Installé au pouvoir en mai 1997, Laurent Désiré Kabila gouverne par procuration dans un pays quadrillé par les politico-militaires Tutsis qui ont placé leurs hommes dans toutes les sphères du pouvoir: Bizimana Karahamieheto, dit «Bizima Karaha», aux Affaires étrangères; Déogratias Bugera à la tête du parti de Kabila, l'AFDL; Moïse Nyarugabo aux services secrets, James Kabare à la tête de l'armée; Rugiza, Rwakabuba, Azania Ruberowa, Jean Munyapenda pour assister le nouveau président. Tous sont aujourd'hui passés du côté des rebelles après avoir précipitamment quitté Kinshasa.

 

Ces nouveaux arrivants ne se disent même pas Banyamulenge; ce sont des Rwandais venus s'installer au Zaïre pour faire des études, du commerce, etc. Les Banyamulenge (littéralement: les gens de Mulenge, nom d'un village du Kivu), c'est un autre logiciel; l'histoire la plus rocambolesque de la décennie où un village de 200 habitants dans le Kivu, avec un remix avec tous les Tutsis rwandais installés au Zaire, donne lieu à une ethnie qui a pris les armes pour se faire reconnaître la nationalité congolaise.

 

Mais Kabila qui veut le pouvoir à tout prix, assume tout: aussi bien les transferts de biens congolais au Rwanda (dont les fameuses voitures présidentielles du maréchal Mobutu) jusqu'au massacre de 200 000 Hutus dans les forêts de l'Est. Femmes, enfants et vieillards rescapés du génocide national de 1994 et pourchassés et massacrés comme des bêtes par des soldats rwandais du FPR. Après des mois de tergiversations, débats houleux, enquêtes et contre-enquêtes, l'Onu a reconnu ce 30 juin le massacre des réfugiés hutus par les troupes de l'AFDL, et accusé Kabila après une longue bataille diplomatique. Parce que contrairement au massacre des Tutsis, le mas sacre des Hutus est toujours présumé; c'est tout juste si les enquêteurs ne demandent pas l'exhumation des corps pour vérifier qu'il sont bien hutus !
 

Venus renverser le dictateur Mobutu qui a non seulement été soutenu par les Américains et permis aux exilés tutsis, via son éminence grise, Barthelemy Bisengiman, d'avoir la fortune qui leur a permis de libérer le Rwanda) et créer une zone tampon en pleine république du dombolo, (nouvelle dans inaugurée par le régime Kabila), les Rwandais qui ont infiltré par toutes les poches les politiques zaïrois depuis des décennies, n'ont rencontré aucune résistance jusqu'à Kinshasa. Mais comme les nouveaux vainqueurs n'ont pas eu la victoire modeste, ils ne tardent pas à s'attirer la haine d'une population kinoi se qui ne supporte plus leur arrogance, surtout que les forces de Kigali, Bujumbura et Kampala ne se gênent plus pour faire valoir des ambitions territoriale: décrocher l'Est du Congo, la région du Masisi et fixer un homme de paille à Kinshasa Comme en 1996, les nouveaux rebelles, sûrs de leurs faits, ont promis une guerre-éclaire commencée par une diabolisation de l'adversaire et la médiatisation à outrance de leurs combats. Surtout que les communiqués du FPR sont étrangement repris par les médias internationaux sans le moindre esprit critique: Kitona, Moanda, Banana, trois grosses villes pétrolières au sud ouest à 500 km ( Kinshasa seraient ainsi toutes tombées at mains des rebelles en une journée! En fait, s'agit de la même ville avec ses banlieues di tantes d'environ cinq kilomètres. Les Congolais restent amorphes, on se demande s'ils méritent mieux .

 

A Kigali, les adversaires du vice-préside Paul Kagame, hostiles à l'expansionnisme de leur chef, sont accusés de coup d'Etat emprisonnés; c'est le cas des officiers Karanwa et Macumu. Kabila, lui, n'a pas de troupes à proprement parler, mis à part ses gendarmes katangais. Il cherche donc à s'allier avec Théo Kalume, le chef des milices Maï-Maï, fait appel aux troupes zimbabwéennes, on signale aussi à ses côtés le renfort de soldats cubains, chinois... Jusqu'à l'intervention décisive des MiC 21 angolais. Alors que depuis le limogeage de Célestin Kifwa, ex-chef d'Etat-major, l'armée congolaise est dirigée par un conglomérat d'officiers qui jusque-là, ont fait la guerre dans les salons de Kin-Ia-Belle.
 

«Fin du dombolo ou changement d'âne à Kinshasa ?» Pour le nouveau long métrage, les metteurs en scène rwandais ont trouvé d'autres porteurs d'eau pour la présidence du Congo en la personne de l'opposant Arthur Zahidi Ngoma d'abord. Juriste, ancien fonctionnaire à l'Unesco, il avait fini par se rebeller et émettre des réserves avant d'être mis sur orbite. Ensuite, le professeur Ernest Wamba Dia Wamba, originaire du Bas-Congo. Museveni donne aussi sa bénédiction à Michel Tshibuabua, architecte proche de la présidence à Libreville. Pendant ce temps, le ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Anastase Casana, spécialiste de l'agit-prop, multiplie les opérations de relations publiques en direction de la communauté internationale. On apprend par Kigali que les généraux mobutistes Nzimbi et Baramoto auraient rejoint les Banyamulenge qui les ont chassés du pouvoir, mais ces officiers d'opérette qui n'ont pas hésité à vendre les armes de leurs propres soldats en 1996 errent loin du théâtre des opérations. On fait même croire que l'une des nièces de Paul Kagamé est mariée à un fils Baramoto : faux. En pleine crise, un éminent journaliste français se pointe chez le général Likulia Bolongo, dernier Premier ministre de Mobutu réfugié à Paris: «Qu'est ce que vous attendez pour rejoindre les autres à Kigali ? Si vous voulez, je peux vous mettre en contact avec eux. » Dans cette drôle de guerre, le rôle de l'Angola a d'abord suscité des interrogations: qu'allaient faire Jonas Savimbi et Eduardo Dos Santos ? Quant aux ex-Forces armées rwandaises, laissées pour compte, ce sont les seules qui cherchent vainement à se battre. Sur le terrain tout est éloigné; dans ce pays cinq fois plus grand que la France, il faut des avions pour faire la guerre.

 

Même en 1977, lors de l'invasion du Shaba par les gendarmes katangais, il a fallu le grand raout américain pour permettre à Mobutu d'acheminer ses troupes. Depuis le 28 juillet, lorsque Kabila met fin à la présence de soldats rwandais sur son territoire, le conflit est ouvert avec Paul Kagame, puisque les mêmes hommes chassés de Kin reviennent les 2 et 3 août à Coma. Kabila, qui s'y connaît, parle aujourd'hui d'un «vaste complot tutsi», s'en prend à ceux que ses partisans nomment les «serpents rwandais», fustige le Rwanda. «Nous avons un grand peuple, nous n'allons pas nous rabaisser devant le Rwanda, un petit pays et un petit peuple». Les Rwandais de leur côté l'accusent de trahison et agitent l'épouvantail des anciennes Forces armées rwandaises et autres Interhamwe.
 

En attendant le démantèlement du pays entre les différentes factions, une République du sud-Kivu a vu provisoirement le jour dans les faits et les Rwandais jouent fin. En 1973 Mobutu avait accordé la nationalité à tous les Tutsis du Congo, comme Lumumba en 1960 disposition annulée par la conférence nationale en 1990. Maintenant, les pays de l'axe Kigali-Kampala veulent peupler le Kivu en exportant une partie de leur population au nom du panafricanisme de Museveni. Il est vrai qu'au Rwanda, où il n'y a presque aucune ressource, à part le thé, le café, les gorilles l'aide de la diaspora, les habitants vivent à environ 200 habitants au km2. La tentative est trop forte d'aller chercher des territoires ailleurs.

 

Quant à l'opposition congolaise, l'ancienne et la nouvelle, elle n'a pas l'âme à revêtir l'uniforme; chacune essaie de voir de quel côté va pencher la balance. Etienne Tshisekedi a ainsi attendu la 25ème heure pour soutenir Kabila ; le Premier ministre Kengo Wa Don est déjà avec la rébellion, le général Liku Bolongo veut une table ronde de la classe politique et affirme sans rire, qu'il n'y a aucune preuve de l'implication du Rwanda du côté des rebelles !
Et si la communauté africaine et internationale accepte le futur découpage du Congo au nom de la loi du plus fort, pourquoi les frontières africaines seraient -elles déclarées intangibles ?

AFRICA INTERNATIONAL SEPTEMBRE 1998

 

Quatorze mois après la prise de Kinshasa, Kabila se sépare de ses alliés. Selon une déclaration lue à la télévision nationale, les forces rwandaises présentes en République démocratique du Congo ont été « remerciées » et invitées à quitter le pays à partir du 27 juillet. Une décision qui concerne tous les soldats qui ont été incorporés dans les rangs des FAC (Forces armées congolaises) pour aider l'AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) à renverser le régime de Mobutu. Les militaires dépêchés par Kigali -de loin les plus nombreux parmi les renforts étrangers -ont été invités à boucler leur paquetage dans les plus brefs délais. Le retour au pays de soldats ougandais et angolais n'a, en revanche, pas été évoqué. « Les Ougandais n' ont pas envoyé un seul homme et nous sommes alliés avec l'Angola », a précisé Laurent-Désiré Kabila.
 

Les unités de la Garde présidentielle et la police militaire n'ont pas tardé à organiser le départ de leurs collègues rwandais, les escortant jusqu'à l' aéroport de N'Djili. Quarante-huit heures après l'ordre donné par le chef de l'Etat congolais, Kigali annonçait que ses dernières troupes stationnées en RDC étaient rentrées au bercail.
 

La présence d'éléments des FPR (Forces patriotiques rwandaises), et surtout le rôle qu'ils ont joué aux côtés des soldats de l'Alliance dans la lutte contre le régime mobutiste, a suscité bien des polémiques. On n'a jamais vraiment su quels effectifs avaient été mobilisés pour soutenir Kabila. Celui-ci a indiqué qu' il n' y avait jamais eu sur le sol de l'ex-Zaïre plus de 3000 soldats rwandais. Et l'on estimait dernièrement à un millier le nombre d'hommes de troupe basés encore à Kinshasa. Quant à leur poids dans la victoire de l'AFDL, il reste difficile à évaluer. En juillet 1997, Paul Kagamé, le vice-président et ministre de la Défense du Rwanda, indiquait au Washington Post que les troupes de l'Alliance avaient bel et bien été encadrées par des officiers des FPR et que l'appui de ses forces avait été déterminant dans la prise de plusieurs villes, et non des moindres: Kisangani, Lubumbashi et, enfin, Kinshasa. Pour sa part, Laurent-Désiré Kabila a toujours minimisé l'appoint de ses alliés : « Nous avions des conseillers rwandais pour nous entraîner et nous fournir un soutien technique. Mais c'était tout! »

 

Ces cadres sont restés après le 17 mai pour mettre sur pied et former la nouvelle armée, explique-t-il, rappelant que c'est bien aux révolutionnaires de la ROC que revient le mérite de la victoire contre Mobutu.
 

Le renvoi des alliés d'hier peut paraître surprenant, mais les événements survenus à Kinshasa ces dernières semaines illustrent un éloignement progressif par le chef de l'Etat de ses amis tutsis. Le ler juin, Kabila profitait d'un remaniement ministériel pour offrir à Oéogratias Bugera, secrétaire général de l'AFOL, le poste de ministre d'Etat sans portefeuille. « Rattaché à la présidence », ce dernier doit donc quitter ses fonctions à la tête du parti. Certains n'hésitent pas à interpréter cette promotion comme une marginalisation pour ce Munyamasisi, originaire du Nord-Kivu et considéré comme un Tutsi par les autres Congolais. En fait, sa nomination a permis au chef de l'Etat de confier l'AFOL à l'un de ses fidèles, Mutomb Tshibal, originaire du Katanga comme lui.
 

Second épisode. Le 11 juillet, le chef d'état-major par intérim des FAC, James Kabare, est remplacé. Rwandais détaché à Kinshasa au titre de la coopération militaire, il est nommé simple conseiller à la présidence. Son successeur, Célestin Kifwa, est, lui aussi, katangais. Quant à Kabare, il ne restera pas très longtemps à son nouveau poste, puisqu' il vient de rentrer à Kigali avec ses hommes.

 

En renvoyant dans leurs pénates ses « amis » de l'Est, Kabila prend ses distances, non seulement vis-à-vis du Rwanda, mais aussi de l'Ouganda, l'un comme l'autre l'ayant soutenu activement et conjointement dans sa lutte contre le précédent régime. Il est vrai que depuis quelques mois, les relations diplomatiques entre la ROC et ses deux voisins orientaux se sont, sinon détériorées, tout au moins refroidies. La divergence la plus forte entre Kabila et ses voisins tient à la situation dans l' est du Congo. Le Kivu demeure une base arrière pour les rebelles hutus rwandais, auteurs du génocide d'avril 1994, et sert aussi de refuge aux opposants de Museveni. A partir de ces collines, ils continuent de harceler les forces armées rwandaises et ougandaises. Pour sécuriser cette zone frontalière, Kigali et Kampala préconisent la manière forte. Le régime congolais, pour sa part, préférerait la négociation à l' option militaire. L'Ouganda lui a encore reproché récemment sa passivité face à ce foyer d'instabilité. Une critique à laquelle le ministre congolais Victor Mpoyo a répondu en demandant à Museveni de « s'occuper de ses affaires ».

 

Si le départ des Rwandais est une opération délicate sur le plan diplomatique, elIe va sans doute bénéficier à Kabila au niveau intérieur. Elle flatte en tous cas la fibre nationaliste des Congolais qui, depuis la prise du pouvoir par l' AFOL, manifestaient une xénophobie à peine voilée à l'égard de cette « armée d'occupation », accusant le président d'avoir « vendu le pays aux Tutsis » .Et c'est avec un plaisir non dissimulé que la population de la capitale a regardé partir les Rwandais qui, depuis un an, menaient grand train, logeant dans les luxueuses villas des dignitaires déchus et roulaient dans des 4x4 réquisitionnés. Les libérateurs d'hier ont même été hués par les Kinois lorsqu'ils ont rejoint l'aéroport de N' Djili. Pour calmer le jeu, le ministre congolais de la Justice, Mwenze Kongolo, a demandé à la population de ne pas provoquer de chasse aux sorcières contre l'ethnie tutsi. En revanche, à Bukavu et à Goma, villes de l'est du pays où vivent un grand nombre de Tutsis banyamulenge, ]a décision présidentielle a suscité un véritable tollé.
 

De son côté, Laurent-Désiré Kabila s'est employé à expliquer son geste :
« Cela devait arriver tôt ou tard », a indiqué ]e chef de l'Etat, qui a précisé que ]es futurs accords de coopération militaire avec ]e Rwanda seront négociés légalement. En se débarrassant d' alliés devenus encombrants, Kabila a gagné encore un peu plus de souveraineté. Reste à savoir si ses compagnons de ]a première heure ne viendront
pas un jour la lui contester du côté de l'Est.

JEUNE AFRIQUE AOUT 1998

 

Comme les organisations mafieuses, les anciens parrains de Laurent-Désiré Kabila, leur obligé devenu récalcitrant, ne tolèrent pas l'insoumission et le non-respect des engagements pris. Ceci explique la rapidité de leur riposte militaire à la décision du président congolais, rendue publique le 27 juillet dernier, de mettre fin à la « présence de toutes forces militaires étrangères au Congo.» Il s'agissait en fait d'expulser du pays les encombrantes "brigades internationales tutsies" encore là, comme en territoire conquis. Leur chef, le lieutenant-colonel James Kabarehe, bras droit du général rwandais Kagame, avait conduit l'offensive contre le maréchal Mobutu en 1996 et 1997. Avant d'être menée au nom de la coalition militaro-politique AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre), cette première guerre fut présentée comme une révolte nationale de 1Utsis zaïrois d'origine rwandaise, les

Banyamulenge. La mise en évidence de cette ethnie jusque-là ignorée servit à camoufler une intervention de troupes venues principalement d'Ouganda, du Rwanda et du Burundi, conduite dans le but de prendre le contrôle du Zaïre oriental et d'y exterminer des populations civiles, en particulier les Hutus réfugiés dans la région après le génocide rwandais. De la même façon déguisée, les chefs de guerre ougandais et rwandais, euxmêmes fortement soutenus par les Etats Unis, sortirent de l'ombre un Zaïrois, Laurent-Désiré Kabila, qui devint porte-parole puis président de l'AFDL, et s'autoproclama président de la République en mai 1997.

 

Après le renversement du régime Mobutu, une partie des troupes étrangères resta dans le pays, suite à des accords passés entre le même Kabila et ses tuteurs ougandais et rwandais. Le «commandant James" précité devint alors le chef d'état-major de facto des FAC, les Forces armées congolaises. Plus tard, en août 1998, le ministre rwandais Patrick Mazimpaka révélera sur une radio belge une partie de la vérité: « Nous avions un accord non écrit avec le Congo pour faire des opérations [militaires sur son territoire]. »
 

Après la victoire de l'Alliance, la population congolaise s'interroge sur ces éléments tutsis transnationaux qui détiennent tant de pouvoir et s'expriment dans des langues incompréhensibles. Elle constate la présence de ces inconnus dans tout l'appareil d'Etat,
jusque dans l'entourage direct du président. Parmi eux, les secrétaires du président Moïse Nyarugabo et Régine Kambali; le commandant James, chef d'état major général; Déo Bugera, secrétaire général de l'AFDL et ministre; Bizima Karaha, ministre des affaires étrangères. Rapidement, tous ces inconnus sont vus comme des "Rwandais" colonialistes, des étrangers arrogants et souvent brutaux qui n'ont plus leur place dans le pays après la chute du maréchal Mobutu, et dont les Banyamulenge servent de relais congolais. En mars 1998, l'ancien ministre Kamanda wa Kamanda résume le sentiment général lorsqu'il écrit que pose problème" la volonté de puissance et de domination d'un groupe (hima-tutsi) qui veut contrôler une large portion de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique centrale et qui s'organise sur une base ethnique, de l'Erythrée au Congo-Zaire en passant par l'Ethiopie, la Somalie, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie. »

 

Dès le début de la guerre contre le régime Mobutu, cette mainmise tutsie s'accompagna, surtout dans l'est du pays, par de grands massacres de populations civiles et des assassinats politiques de chefs coutumiers, de responsables religieux et d'intellectuels. Là, outre des pillages et des destructions de villages, des installations industrielles furent

démontées et expédiées à l'étranger au titre de butin ou de tribut, selon le procédé utilisé au Rwanda par les hommes du général Kagame lors de leur guerre contre le régime Habyarimana. Probable tribut aussi, ces territoires du Congo oriental, renfermant des métaux précieux et des terres rares à peine exploités, que les autorités rwandaises actuelles ont revendiqués comme partie d'un douteux "grand Rwanda" précolonial.

Les Congolais constatent que ces territoires sont désormais gérés par l'Ouganda et le Rwanda comme des protectorats mis à la disposition des "Nilotiques" de la région. Des colonies de peuplement tutsi semblent s'y constituer selon, estiment des associations locales, un plan secret qui prévoit une réduction des autochtones bantous. Tribut enfin, ce café, ce coton et cet or envoyés en Ouganda et au Rwanda par les autorités de Kinshasa. Plus, signale une étude de l'université belge de Gand, des sommes qui constituent une« importante zone grise dans l'affectation des dépenses de l'Etat [congolais}. Il n'est pas exclu qu'une partie des recettes fiscales sert à verser des compensations financières aux Etats limitrophes du Zaire, qui avaient des comptes à régler avec Mobutu ».

Pour ne rien arranger, se crée à Bruxelles en mai 19981e Conseil de la République fédérale démocratique du Congo, une association ultralibérale de Congolais et d'Occidentaux qui voudrait voir le pays devenir un Etat fédéral dont chaque province disposerait d'une « large autonomie économique et politicoadministrative » qui permettrait une cogestion de l'économie locale par « les nationaux et les investisseurs étrangers ». Comme les Américains, le Conseil voudrait favoriser « l'émergence d'une nouvelle génération d'hommes politiques », et comme le dictateur ougandais Museveni et d'autres tutsis pro-américains il souhaite une « entente avec les pays voisins » en vue de constituer des « sous-ensembles régionaux » dans lesquels la sécurité et la stabilité du pays et de la région seraient assurées « en mettant en location certaines bases militaires du pays. Il s'agira donc de créer des technopôles militaires ».

Pour tous ces motifs inquiétants, la "marionnette" Kabila répond de moins en moins à ses manipulateurs. Ils exercent sur le président, pense la population, une tutelle de type mafieux dont il cherche à se dégager. Mais si l'opinion publique revendique des libertés et des institutions démocratiques, les "Rwandais" du président et leurs commanditaires ougandais et rwandais savent que toute avancée du pays vers la démocratie s'accompagnerait d'une remise en cause radicale des pratiques néo-coloniales qu'ils ont commencé à introduire en RDC, probablement en échange de l'assistance militaire fournie lors de la conquête du pays.

La fierté nationale congolaise est blessée par les prétentions hégémonistes des extrémistes tutsis de la région. Le vieux nationalisme zaïrois resurgit. Les Congolais, habituellement hospitaliers, deviennent hostiles à la présence des "Rwandais", et voient dans les "Banyamulenge" leurs complices locaux. Au Rwanda et au Burundi, les tutsis représentent un habitant sur six seulement, et au Congo-Kinshasa ils ne constituent qu'une ethnie parmi les 350 ou 400 répertoriées (chez les tutsis congolais, le groupe des Banyamulenge, jusque-là méconnu, a été créé pour des motifs politico-ethniques à la fin du régime Mobutu; il est formé de 6000 à 50000 individus, selon les études).

Les chefs de guerre de la région ne peuvent ignorer ces tensions ethniques qui se développent. Malgré cela, ils choisissent d'accentuer leurs menées, au risque de transformer en haine ethnique le ressentiment national contre les Tutsis. Au début de juillet dernier, des renforts de troupes ougandaises et rwandaises sont signalés dans l'est du pays, où depuis des mois les éléments tutsis sont confrontés à des groupes armés "bantous" peu organisés et sans grands moyens militaires. Alors, les armes de guerre et de propagande qui ont servi à faire tomber le maréchal Mobutu sont reprises, contre son successeur Kabila. Il est accusé à son tour d'être un dictateur et de tolérer sur son territoire, voire d'encourager, des groupes armés hostiles aux régimes tutsis de la région. Du côté du gouvernement congolais, un ministre en visite à Bruxelles affirme cependant, le 15 juillet dernier: « Nous respectons le calendrier de démocratisation, à treize jours près; l'Assemblée constituante sera mise sur pied; elle devra rédiger un projet de Constitution, et servira jusqu'aux élections [de 1999] d'organe législatif et de contrôle du gouvernement; mais jusqu'au référendum, le gouvernement congolais restera inflexible: les activités des partis resteront suspendues. »

La presse internationale relaie des messages visant à conditionner les opinions publiques en mettant de nouveau l'accent sur les "Banyamulenge" en danger, sur le problème de leur nationalité mal définie, et sur une recrudescence de cette "idéologie du génocide" qui justifia les grands massacres de réfugiés hutus rwandais dans leurs camps du Zaire. Le "virus de la haine ethnique", loin d'avoir disparu, aurait gagné le Congo-Kinshasa redevenu une base arrière d'où des génocidaires lancent des raids au Rwanda et au Burundi. Le "péril hutu" serait devenu un "péril bantou" menaçant la sécurité de l'Ouganda, du Rwanda et du Burundi. Il est question désormais d'une vaste coalition régionale de "génocidaires" bien organisés et bien armés, alliés à des extrémistes musulmans, tous décidés d'en finir avec une ethnie tutsie qui se voit obligée de se défendre face à un double péril bantou et islamiste. Mais par une coïncidence remarquable, c'est durant cette période qu'est rendu public, en juin dernier, un rapport des Nations unies imputant à l'AFDL les grands massacres commis durant la guerre contre le régime Mobutu. Les principaux maîtres d'oeuvre de ces crimes contre l'humanité, un génocide certainement, furent le général rwandais Kagame et son "commandant James" précité, aidés par les armées de l'Ouganda et du Burundi.

Les rebelles veulent la sécession du Kivu

Pendant ce temps, le mécontentement grandit dans la population. Malgré quelques résultats positifs dans la remise en ordre de l'armée, de l'administration et des finances publiques, le régime Kabila est critiqué de toutes parts pour son caractère dictatorial, son incompétence, et ses multiples violations des droits humains. De ce fait, aucune aide financière significative ne lui est parvenue de l'extérieur pour la "reconstruction" du pays. Dans cette situation, une nouvelle "libération" du pays par les armes pourrait emporter une adhésion populaire, doivent penser les entrepreneurs de guerre régionaux et leurs mentors occidentaux.

En février 1998, un collectif de partis politiques congolais, comprenant des responsables du parti UDPS d'Etienne Tshisekedi, organise une marche à Bruxelles pour demander« la démission et l'arrestation de Kabila pour crimes contre l'humanité ». Au début de juillet, le "commandant James" est relégué au rang de conseiller. A la fin du mois, ordre est donné aux "brigades internationales tutsies", qui dans l'armée congolaise constituent un corps spécifique dominant, de rentrer dans leurs pays d'origine. Mais la plupart de leurs éléments resteront sur place, tandis que dans le même temps des Banya mulenge congolais et des "nilotiques" d'autres nationalités, soit au total plusieurs milliers de soldats, sont en stand by , après avoir reçu une formation dans des camps 'militaires de la région. Une remarque: les individus constituant les "brigades tutsies" sont morphologiquement proches, ce qui permet d'entretenir une confusion sur leur origine, d'autant plus que les chefs, souvent formés par des instructeurs américains ou israéliens, se rendent anonymes en portant des uniformes et des nationalités interchangeables et en adoptant le même grade et probablement des pseudonymes: "commandant John", "commandant Dany".

Alors que des responsables politiques tutsis viennent de quitter brusquement la RDC, durant la nuit du 2 au 3 août des affrontements se produisent dans des camps militaires à Kinshasa. Le palais présidentiel est attaqué. II résiste, le putsch échoue.

Dans le Kivu, des chefs militaires proclament une sécession, tandis qu'une source annonce que l'AFDL a repris le combat contre le nouveau dictateur Kabila. Dans la confusion, la création d'une République du Nord-Kivu est brièvement évoquée. Les mutins exigent le départ du président pour cause de "mauvaise gouvernance".

La rébellion met rapidement en place, tout comme lors de la guerre contre le président Mobutu, un dispositif de propagande qui tente de faire croire que l'insurrection est exclusivement congolaise, tandis que le gouvernement congolais parle d'une agression de l'Ouganda et du Rwanda. Chacun a partiellement raison: comme la guerre contre le régime Mobutu, la "rébellion banyamulenge" est montée par des éléments tutsis étrangers et nationaux auxquels se sont ralliés des Congolais militaires et civils "de service" alléchés de diverses façons.

Les jours suivants, en même temps que l'est du Congo est investi par les rebelles, le commandant James détourne un avion de ligne congolais et amorce un pont aérien de Coma vers le Bas-Congo, d'où ses unités remontent vers Kinshasa pour bloquer son approvisionnement et tenter une seconde fois de renverser le président Kabila, dont tout le monde prévoit la chute proche, et qui aurait fui la capitale. En réalité, il se déplace à l'étranger pour solliciter des aides militaires.

Politiquement, les rebelles n'ont rien organisé si ce n'est leur complot. A leur tête, des "commandants" militaires sans structure ni programme politiques précis. Des noms sont cités: commandant Ruvusha, un Rwandais peut-être; commandant Sylvain Buki, chef du 10e bataillon des Forces armées congolaises, les FAC. Puis des civils: les ministres "rwandais" déserteurs Déo Bugera et Bizima(na) Karaha(mieto), et le Congolais Arthur Zahidi Ngoma, présenté comme chef de la rébellion. Le II août seulement, la rébellion n'a pas encore de direction politique connue, mais elle dispose d'un porte-parole: le commandant Jean-Pierre Ondekane. Selon le schéma précédemment utilisé par l'AFDL, il annonce une guerre-éclair contre le dictateur Kabila sommé de s'en aller, et une lutte de libération pour le bien du peuple congolais, sans intervention rwandaise ou ougandaise. Mais le peuple n'en croit rien, cette fois. Le mythe d'une rébellion des Banyamulenge a vécu. Ce n'est que le 16 août qu'apparaît, dans l'improvisation et la hâte, une organisation dénommée Rassemblement congolais pour la démocratie, le RCD. Son texte fondateur, un document apocryphe probablement, est daté du 1er août. L'organisation y présente brièvement ses statuts, des critiques à l'égard du régime en place, et en quelques mots ses objectifs. Pour président, l'inattendu professeur Wamba dia Wamba et non plus Arthur Zahidi Ngoma. Comme ce fut le cas pour l'AFDL, le RCD ne présente aucun projet de société, et la constitution de son équipe dirigeante hétéroclite -un amalgame de Tutsis de diverses origines, de Congolais "mobutistes", de figurants crédules ou opportunistes -ne semble répondre à aucune logique apparente, si ce n'est une volonté commune de renverser par la force le régime en place et, selon toute vraisemblance, d'enfin concrétiser les Accords de Lemera, y compris ses clauses secrètes, conclus entre Kabila et ses sponsors étrangers lors de la campagne contre le régime Mobutu.

Et de nouveau l' Afrique du Sud -celle des intérêts miniers et de l'industrie de guerre, à n'en pas douter -soutient les "rebelles banyamulenge" en offrant sa médiation, pendant que l'Ougandais Museveni, le parrain des parrains de l'internationale tutsie, provoque une réunion semblable, au Zimbabwe, de hauts dirigeants politiques de la région.

La guerre offre soudainement au président Kabila une popularité intérieure et un prestige international inespérés. Sachant mieux que quiconque, pour avoir utilisé luimême la manipulation, ce que cache le vocable "révolte des Banyamulenge", il dénonce une agression du Rwanda et de l'Ouganda et organise ses alliances. Alors que son régime semble perdu, surgissent les aides militaires du Zimbabwe, de l'Angola et de la Namibie. Lespoir change de camp. Les villes du Bas-Congo sont reprises. Dans la capitale Kinshasa, où dès le début de la guerre des "Rwandais", soit quiconque avait une morphologie tutsie, avaient été violentés ou mis en détention lors d'une chasse aux "inciviques", l'armée gouvernementale et la population se lancent à la poursuite des éléments infiltrés, prépositionnés ou venus du Bas-Congo. Dans le camp rebelle où l'inquiétude apparaît, Wamba dia Wamba profite de l'occasion pour tenter de provoquer le retrait des troupes étrangères alliées à Kabila, en déclarant qu'assister un tel régime « c'est une très grande erreur parce qu'alors on se met du côté de ceux qui commettent des crimes contre l'humanité. »

Aussi opportuniste, le Rwanda accuse le président Kabila de commettre un génocide tutsi et avertit qu'il ne restera pas les bras croisés,

La population et la presse de Kinshasa, elles, se tiennent du côté des autorités officielles. A la fin du mois d'août, des responsables politiques demandent aux jeunes de Kinshasa de se regrouper pour défendre leurs quartiers et « ne plus se laisser asservir par le petit peuple tutsi ", ou pour provoquer «l'écrasement de la vermine de l'envahisseur rwando-ougandais», Les messages passent bien. Un habitant de Kinshasa déclare: « C'est nous-mêmes qui brûlons les Thtsis, ce ne sont pas les militaires. » Un autre: « Nous avons des problèmes avec les Tutsis, je vous dis; qu'ils partent chez eux, ce sont des Rwandais. » Un autre encore met en garde contre les Tutsis, des « vipères à double champ d'attaque; ils permettent que vous les approchiez pour bien vous mordre. » Excédé lui aussi, un Congolais du Canada propose de régler le problème en érigeant « un mur du genre mur de Berlin, ou la grande muraille de Chine, le long des frontières Congo-Rwanda, Congo-Burundi, et Congo-Uganda, doté d'un système de surveillance militaire électronique 24 h sur 24 h. »

Vers une longue guerre régionale

Après de telles considérations définitives, il paraît plus que jamais absurde et provocante la prétention des dirigeants "nilotiques" régionaux d'amener la paix et l'entente ethnique au Congo-Kinshasa en y faisant la guerre sous le prétexte de vouloir éradiquer un "virus du génocide" désormais bantou. Le précédent rwandais de 1990-1994 a cependant démontré qu'un génocide ou des massacres ethniques, condamnables dans tous les cas, sont aussi une réponse prévisible aux provocations répétées des éléments les plus fanatiques d'une minorité ethnique, qui eux sont parvenus jusqu'à présent à rester impunis grâce à leur propagande et à leurs soutiens extérieurs.

Ces menaces n'empêchent pas la rébellion de poursuivre ses actions militaires et diplomatiques, au risque d'agrandir encore la fracture entre les populations "bantoues" et "nilotiques" de la région.

Sur le terrain, ses troupes progressent à l'est du pays, au point d'occuper à la fin novembre dernier le tiers environ du territoire congolais. Selon Kabila, 30 000 militaires ougandais et rwandais se trouvent alors dans le pays. Manifestement, il ne sont pas là dans le seul but de sécuriser les frontières de leurs pays. Un informateur d'une ambassade occidentale au Rwanda signale que ces troupes sont approvisionnées par les Etats-Unis avec de l'armement saisi lors de la guerre du Golfe et acheminé en RDC depuis l'aéroport de Kigali, où depuis le début du conflit plusieurs gros porteurs non identifiables de fabrication russe atterrissent chaque jour. D'autres sources font état de la présence, dans plusieurs endroits de l'est du pays, notamment dans le parc de la Maïko et sur l'île d'ldjwi depuis longtemps investie par l'armée rwandaise, d'installations militaires américaines comprenant des rampes de missiles. Fin novembre, un lot de 90 chars de combat destinés à l'armée ougandaise est signalé dans le port de Dar es-Salaam.

Depuis plusieurs années, des Tutsis extrémistes veulent faire de la région un grand espace régional sous leur contrôle militaire, politique et économique. Le soutien militaire et politique des Etats-Unis leur est acquis: durant son voyage africain au début de 1998, le président Clinton avait organisé avec son homologue ougandais Museveni un sommet régional qui condamna les "génocidaires" de la région et recommanda contre eux un ostracisme international et la création d'une coalition internationale contre le génocide. Tout en félicitant le régime belliciste de Kigali, en fait une impitoyable dictature militaire accusée notamment de crimes contre l'humanité, le président américain exigea du président Kabila, origine d'une tribu katangaise, qu'il démocratise son régime. La vision américaine ou tutsie est bipolaire: du bon côté, les minorités tutsies constamment menacés de génocide et leurs sympathisans, du mauvais côté tous ceux, y compris des démocrates tutsis ou étrangers, qui combattent ou condamnent l'idéologie tutsie d'extrême droite, son hégémonisme fondé sur une théorie inavouée de supériorité raciale, et son expansionnisme matérialisé par la création d'espaces ethniques de sécurité à l'intérieur et à l'extérieur des frontières.

En diplomatie, des négociations internationales de paix sont organisées dès le début de la guerre, où le Rassemblement congolais pour la démocratie est tenu à l'écart, au dam de ses alliés et à l'avantage du président Kabila. Celui-ci a vu sa stature politique grandir au fil de rencontres, telle récent sommet France-Afrique de Paris, qui lui donnent l'occasion de rappeler que son pays a été agressé par l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi. Un président méfiant, qui n'ignore pas combien est périlleux d'avoir affaire, directement ou par alliés interposés, aux chefs de guerre de la région, les parrains des "Banyamulenge". Au Rwanda, de fait, le régime Habyarimana a été anéanti par la combinaison d'opérations de guerre alternant avec des négociations politiques. Au Burundi, deux présidents hutus ont été assassinés et un troisième destitué malgré leur politique de partage du pouvoir avec les milieux militaro-politiques tutsis. Au Zaire, Mobutu a été renversé par une coalition "nilotique" qui est parvenue, par Kabila interposé, à rallier à sa cause la communauté internationale et l'opposition intérieure, alors que le pays était victime d'une agression extérieure. Tout cela, le président Kabila et ses alliés le savent. Réaliste et sûr de son bon droit, le président considère que la rébellion n'a rien d'un conflit interne, et il veut négocier directement avec les pays agresseurs le retrait de leurs troupes. Le RCD, par contre, sait qu'il n'a aucune légitimité, et que sa représentativité intérieure est quasiment nulle. Qui peut croire à une nouvelle "libération" du Congo-Kinshasa, et se méprendre sur l'identité réelle des "Forces de la liberté" du Rassemblement congolais pour la démocratie? .

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