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Le blog de gmanzukula-alternatif-congolais.over-blog.com

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Dans ce blog, il sera question de publier toutes les réflexions, articles, commentaires et opinions à caractère socio-économiques, politiques, culturels et religieux.


Pourquoi la guerre persiste à l'Est de la RDC??? Partie fin

Publié par Gabriel MANZUKULA Mjrrdcongo sur 25 Novembre 2012, 19:34pm

Catégories : #Actualite

AFRICA INTERNATIONALE DECEMBRE-JANVIER 1999

 

En réagissant aux accusations d'inaction de la communauté internationale dans le conflit qui déchire le Congo démocratique, l'ambassadeur américain à l' Onu, Richard Holbrooke, déclarait pendant sa tournée africaine, début décembre, que le principal obstacle aux efforts internationaux pour la paix était "le comportement des acteurs du conflit eux mêmes ". La reprise des combats, ajoutait-il, "menace de réduire les accords en lambeaux". En centrant son premier voyage officiel en Afrique sur le conflit en RDC, Richard Holbrooke, qui a visité une dizaine de pays en douze jours, a sans doute voulu montrer l'intérêt qu'accorde le chef de la Maison Blanche, dont il est l'un des conseillers, au retour de la paix dans ce pays clé de l'Afrique centrale. Il a toutefois débuté modestement en reconnaissant qu'il s'agissait là d'un conflit d'une "complexité énorme", et qu'il ne fallait pas attendre trop de ce voyage, dont le but était surtout d'évaluer la situation.
 

Une attitude peu sincère aux yeux de Kinshasa, mais aussi d'une large partie de l'opinion africaine, notamment francophone, pour qui les Etats-Unis portent la responsabilité de n'avoir pas exercé sur leur alliés ougandais et rwandais les pressions nécessaires pour débloquer la situation. Une mollesse qui contraste de manière flagrante, note-t-on fréquemment, avec l'interventionnisme énergique des Etats-Unis et de leur ultra-puissante armée, dont l'entrée en action détermine l'issue de bien des conflits sur la planète.
 

Ces critiques à l'égard de l'attitude de Washington face à une crise majeure du continent africain -qui semblent aller jusqu'à plaider la cause d'un débarquement des Gl's dans les forêts équatoriales congolaises -en arrivent à soupçonner les Etats-Unis de participer à l'entreprise de déstabilisation du régime de Kabila. On est bien loin de l'autosatisfaction qui avait dominé l'après-Mobutu, quand les commentateurs du continent se réjouissaient de constater que les Africains avaient enfin décidé de prendre leur destin en main. ..Mais pour Richard Holbrooke, il n'y a pas de solution viable imposée de l'extérieur. "Quand les acteurs régionaux coopéreront, a-t-il insisté, quand ils observeront un cessez-le-feu, quand ils assureront un accès total et sûr pour que les observateurs internationaux puissent travailler quand ils auront choisi un « facilitateur » pour faire avancer le processus politique, alors les Nations unies et la communauté internationale pourront faire de la paix une réalité."

 

PENDANT SON SÉJOUR EN AFRIQUE AUSTRALE ET DANS LA région des Grands Lacs, l

'ambassadeur américain, que la presse américaine surnomme "l'architecte de la paix des Balkans", a toutefois souligné la disposition des Etats-Unis à apporter un "fort soutien" aux accords de paix, et notamment à sa partie la plus coûteuse, le déploiement de la force de maintien de la paix, estimée entre quinze et vingt-cinq mille hommes, soit la plus importante jamais réunie par l'Onu en Afrique. Mais, a-t-il ajouté, "on ne peut courir le risque d'aller vers la catastrophe, vers un autre échec des efforts de paix entrepris par l' Onu, comme ce fut le cas en Bosnie, en Somalie et au Rwanda ". Susan Rice, secrétaire d'Etat adjointe chargée des Affaires africaines, qui a accompagné Holbrooke pendant une partie de son voyage, avait tenu à faire savoir que le gouvernement américain faisait le nécessaire auprès du Congrès -où la participation des Etats-Unis à une telle opération ne fait pas l'unanimité -pour que les fonds destinés à la Monuc (Mission d'observation des Nations unies au Congo) soient disponibles dès l'adoption du budget 2000. Quant aux responsabilités de l'impasse actuelle et de la reprise des combats, les Américains n'ont pas tenu à donner leur avis, se limitant à insister sur les points essentiels de l'accord : retrait de toutes les troupes étrangères, respect de l'intégrité et de la souveraineté de la RDC, organisation, dans les plus brefs délais, comme prévu à Lusaka, d'un dialogue national visant à l'établissement des conditions d'une véritable démocratie dans le pays, Le 14 décembre, toutes les parties congolaises tombaient enfin d'accord sur la personne de l'ancien président du Botswana, Quett K. Masire, qui devient le médiateur pour la résolution de la crise politique. Masire, dont le choix a certainement été influencé par Holbrooke, aura quinze mois pour aboutir. Si Holbrooke paraît, par ailleurs, avoir obtenu des dirigeants namibien et zimbabwéen qu'ils annoncent le retrait de leurs troupes du territoire congolais dès l'arrivée de la force internationale ou la cessation totale des hostilités, à Kampala et à Kigali l'accent a été mis sur la résolution des conflits internes qui sont à l'origine de la crise entre ces deux pays et Kinshasa.
 

La ratification par le Parlement ougandais, le 7 décembre, de l'amnistie offerte par le pouvoir de Kampala aux rebelles ougandais, y compris à leurs chefs, fait partie des mesures d'apaisement que le président Museveni a prises ces derniers temps en vue de résorber les guérillas qui se battent contre son pouvoir depuis une décennie et qui ont leurs sanctuaires en RDC et au Soudan. Cette annonce a précédé de vingt quatre heures la rencontre entre les présidents ougandais Yoweri Museveni et soudanais Omar Hassan alBachir à Nairobi.

 

CE MINI-SOMMET, DONT L'ISSUE EST cruciale pour la région, aurait dû avoir lieu un mois auparavant à Durban, en marge du sommet du Commonwealth, grâce à la médiation du chef de l'Etat sudafricain, Thabo Mbeki, qui a depuis poursuivi ses bons offices entre ces deux hommes que tout sépare, avec le soutien de l'ancien président américain, Jimmy Carter. Ce dernier, rayonnant, a scellé la réconciliation entre Museveni et Bachir, après cinq ans de rupture des relations diplomatiques. Les deux chefs d'Etat ont signé un accord en onze points qui les engage à désarmer et à démanteler les "groupes terroristes" qui agissent depuis leurs territoires respectifs. Il s'agit notamment du très sanguinaire Mouvement de résistance du seigneur (LRA), basé au Soudan et responsable de l'enlèvement de vingt mille adolescents ougandais, et des Forces démocratiques alliées (ADF), qui ont mené leurs attaques en Ouganda surtout depuis le territoire congolais où elles ont reçu le soutien logistique de l'armée soudanaise. L'Ouganda devra pour sa part interrompre tout appui au mouvement de John Garang (SPLA) qui a ses bases dans ce pays, ainsi qu'au Kenya et en Erythrée, et qui se bat au Sud-Soudan depuis seize ans. Le SPLA peut cependant aujourd'hui se prévaloir du soutien de Washington, que Mme Madeleine Albright lui a manifesté publiquement il y a quelques mois, et qui devrait lui permettre de survivre à ce handicap.

 

Cette réconciliation en marge des accords de Lusaka devrait sans doute en faciliter la mise en oeuvre et contribuer à réduire la tension régionale. Mais la présence de l'armée de Kampala au Congo dépasse le cadre de la défense de la sécurité de l'Ouganda. Pendant presque trois ans de présence ougandaise au Congo d'abord pour venir à bout des "contrats" avec l'accord de Kinshasa, puis pour soutenir la rébellion anti-Kabila -, les officiers de l'armée de Kampala (I), avec ou sans la bénédiction de Museveni, ont monté de juteux trafics liés à l'exportation de matières premières congolaises, notamment de l'or. D'où leur intérêt à retarder les échéances prévues à Lusaka et à consacrer, de facto, la partition du pays.
 

Du côté de Kigali, les affairistes, qui profitent de la présence de l'armée rwandaise sur de larges portions de territoire, ne sont pas absents, mais ils ne semblent pas déterminer le cours des événements. La question centrale de la présence rwandaise au Congo est plus que jamais en rapport avec les moyens mis en oeuvre pour aboutir à une effective réconciliation nationale entre la minorité tutsie et la majorité hutue. Le pouvoir de Kigali doit s'efforcer de désamorcer les foyers de tension entretenus, au Kivu notamment, par les miliciens rwandais et ex-FAR en facilitant le retour au pays de ces combattants dont le nombre oscille entre 10 000 et 30 000.

Les accords de Lusaka prévoient le désarmement de ces miliciens, qui sont à présent engagés par l' armée congolaise (FAC), voire le jugement de ceux d'entre eux qui se seront avérés responsables du génocide. Il est cependant douteux qu'on puisse y arriver tant que pour la majorité de ces combattants, devenus pendant ces années des farouches guerriers, il n'y a pas de perspective de réintégration dans leur pays. Mais on n'en est pas encore là. Pour le moment, l'objectif est la cessation des hostilités. Ce que l'on peut constater, c'est la croissante disposition des alliés de Kinshasa à trouver un compromis afin de sortir, au mieux, du bourbier congolais.

Ce qui s'est passé autour d'lkela et de Bokungo, à l'est de Mbandaka, est significatif de cet état d'esprit. Depuis septembre, des centaines de soldats zimbabwéens et congolais étaient encerclés à lkela par les rebelles du RCD soutenus par le Rwanda, qui les ont peu à peu privés de toute source de ravitaillement. Le général zimbabwéen à la tête du contingent d'lkela avait catégoriquement rejeté l'offre d'ouverture d'un couloir de sortie vers les régions contrôlées par le gouvernement, qui était assortie d'une condition: les troupes zimbabwéennes quittaient les lieux en laissant leur armement sur place. Les soldats zimbabwéens se sont ainsi retrouvés sans vivres. Le 2 décembre, pour débloquer la situation, les forces congolaises et alliées ont lancé une opération pour occuper la ville de Bokungo, située entre le chef -lieu de l'Equateur (contrôlé par le gouvernement) et lkela. Le RCD cria aussitôt à la violation des accords de paix, la ville de Bokungo ayant été conquise par la rébellion avant la proclamation du cessez-Ie-feu. Après des contacts préliminaires entre les armées rwandaises et zimbabwéennes à ~ Harare, le chef d'état major adjoint de l'armée zimbabwéenne en charge du renseignement s'est rendu à Kigali le 6 décembre, une première depuis le début des hostilités. Ses entretiens avec le chef d' état-major rwandais ont abouti à un compromis: le lendemain, les forces alliées de Kabila acceptaient de rendre la ville de Bokungo aux rebelles en échange de la levée du blocus sur le ravitaillement des forces zimbabwéennes à lkela. Tout au long des négociations avec les officiers zimbabwéens, les Rwandais, qui affirment ne pas avoir de troupes dans la région, ont consulté les commandants Jean-Pierre Ondekane et Hugo lIondo, du RCD, qui s'étaient expressément rendus à Kigali.
 

Assiste-t-on enfin à la coordination de tous les états majors impliqués dans le conflit, qui aurait dû se mettre en place au sein de la Commission militaire mixte (CMM) ? Il faut l'espérer, d'autant que c'est à la CMM que reviendra la tâche de vérifier l'application de l'accord intervenu entre le Rwanda et le Zimbabwe au sujet d'lkela. Le gouvernement d'Harare, qui a tout intérêt à se désengager de ce conflit, dont les motivations sont ma] perçues par l'opinion publique et dont le coûta fait l'objet d'une polémique avec le FM! pour aboutir à la suspension de ses déboursements, devrait aujourd'hui être résolument en faveur de la relance des accords de paix.

 

QUANT À LUANDA, DONT L'ARMÉE a déjà pris des mesures préventives aux frontières de la RDC avec l' Angola pour empêcher à l'Unita de s'y replier comme elle l'avait fait en juillet 1997 -, il a aussi tout à gagner à l'application des accords sur le Congo, dans la mesure où ceux-ci sont censés mettre fin à un dangereux foyer de tension à ses portes. De plus, les accords de Lusaka donnent entière satisfaction à Luanda sur la question de l'Unita, traitée en tant que bande armée "à désarmer et à rapatrier par la force'.. Cela dit, le gouvernement angolais demeure sceptique sur la volonté de toutes les parties, notamment des alliés de la rébellion, de respecter la lettre et l'esprit des accords de paix.
 

Dernier obstacle, enfin, le pouvoir de Laurent Kabila, qui rechigne à encourager l'organisation d'un débat national avec participation de toutes les forces politiques et sociales du pays, y compris les représentants de la rébellion, débat qui aurait dû avoir lieu quarante cinq jours après la signature des accords de paix et pour lequel il a fallu plusieurs mois, et des pressions américaines, pour trouver un médiateur. Kinshasa sait en effet qu'à l'issue d'une telle conférence il sera difficile de résister à la formation d'un gouvernement d'unité nationale et, à terme, à la tenue d'élections libres. Une perspective à laquelle le Président ne semble guère se préparer, interdisant toujours les activités des partis politiques et, encore plus déconcertant, et ne créant pas lui-même, sur ses assises actuelles, un parti politique en mesure de faire face à cette échéance.

 

AFRIQUE-ASIE JANVIER 2000

 

Toutes les parties ont appelé de leurs vOeux le déploiement de la Monuc, mais chacune, s'estimant menacée par l' autre camp, hésite à proclamer un cessez-Ie-feu. Il n 'y a pas de jour où l'un des deux camps ne déplore une attaque ou ne lance une contre-offensive. Même s'il s'agit là d'une guerre de .'basse intensité", sans changement majeur de positions, force est de constater que les différents fronts sont toujours en activité, notamment au Kasaï. Toute escarmouche peut dégénérer en déflagration et les Nations unies n'entendent prendre aucun risque. Comme en Angola, les observateurs militaires sont appelés à vérifier le respect du cessez-Ie-feu et l'application des différents volets des accords de paix, mais ne sont pas censés utiliser la force à cette fin. En préalable à son déploiement, l'Onu demande également aux belligérants de fournir "un plan viable de désengagement" de leurs troupes du front ainsi que des garanties fermes sur la sécurité de leur personnel et leur libre circulation. L'échec de la mission de l'Onu qui devait mener l'enquête sur les massacres de Hutus dans les camps de réfugiés dans l' ex -Zaïre a sans doute laissé un mauvais souvenir au Palais de verre de New York...

 

Quid de la solution politique au conflit ? Malgré l' échec de la conférence de réconciliation, organisée par les Eglises congolaises début mars et boycottée par les principaux partis d'opposition, on a le sentiment à Kinshasa que le bout du tunneL n'est peut-être pas si loin. La nouvelle de la rentrée au Congo du leader des Forces du futur, Arthur Z' Aidi Ngoma, qui préside également une coalition de partis de l'opposition, l'Union des Congolais pour la paix (UCP), a eu un large écho dans la presse kinoise. Selon certains commentateurs, Kabila songerait à nommer Ngoma qui fut le premier chef de la rébellion du RCD, qu'il a quittée volontairement en février 1999 au poste de Premier ministre dans un prochain gouvernement de transition. L'intéressé a démenti avoir reçu une telle proposition et se dit pour le moment préoccupé par la création de conditions pour un véritable débat national, sans exclusive, devant former une plate-forme commune pour l'avenir politique et institutionnel du pays.

 

Pour Ngoma, il est indispensable d'affirmer l'indépendance de la crise interne congolaise par rapport à la crise extérieure qui secoue la sous-région des Grands Lacs et génère l' implication de plusieurs armées africaines sur le territoire congolais. Il faut, dit-il, que la classe politique congolaise "se pose tout d'abord en défenseur de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale du pays ", en précisant que cela doit être le préalable d'un "projet de réconciliation et de mise en oeuvre des principes et valeurs démocratiques ". En regrettant le rejet de la médiation du père Matteo Zuppi, du groupe italien catholique de Sant'Egidio, qui avait entamé des pourparlers avec les principaux acteurs de la crise, Ngoma est réservé quant au rôle de l'actuel médiateur, l'ancien président botswanais Ketumile Masire, dans la mesure où son choix résulterait d'une pression des Etats de la SADC sur le pouvoir de Kinshasa. " Il faut que nous sortions de toute forme de tutelle extérieure, que la classe politique congolaise connaisse un véritable sursaut patriotique. Ne pouvons-nous pas relever le défi de discuter entre nous et trouver les solutions adéquates sans interférences étrangères ? ", demande le leader de l'UCP. "Ce serait là, concluait-il, le premier signe d'une « renaissance » congolaise... "

 

ENTRE-TEMPS, À KINSHASA, ON réclame la mise en application de l'amnistie, décrétée récemment, pour tous les prisonniers politiques ainsi que pour les personnes détenues ou jugées sous l'accusation de "menaces à la sécurité d'Etat". La quarantaine de prisonniers qui viennent de bénéficier de cette mesure ayant surtout été accusés de "délits économiques". La Voix des sans-voix, association pour la défense des droits de l'homme, réclame notamment la libération d'une figure historique du Congo-Zaïre, Cléophas Kamitatu, dirigeant du Parti social chrétien-démocrate, arrêté depuis le 25 novembre après une interview donnée à RFI. Karnitatu pourrait en effet faire les frais de l'adhésion de son fils, Olivier, au MLC de Jean Pierre Bemba, dont il est un des conseillers politiques et qui contrôle actuellement de larges parties de la province de l'Equateur. La Voix des sans-voix demande également la libération de Masasu Nindaga, cofondateur de l' AFDL du président Kabila, arrêté en décembre 1997, lorsqu'il dirigeait la sécurité présidentielle, et condamné à vingt ans de prison.

 

En outre, l'ensemble des formations politiques "non armées", dont, parmi celles qui s'expriment avec le plus d'énergie à l'heure actuelle, le Fonus de Joseph Olengha Nkoy et l'infatigable UDPS d'Etienne Tshisekedi (en séjour médical en Afrique du Sud depuis quelques mois), exigent la levée immédiate des mesures restrictives sur l'activité des partis et celles qui conditionnent leur légalisation effective. C'est donc au président Kabila de faire aujourd'hui opportunément la preuve de son sens politique en cherchant à apaiser la tension à Kinshasa et en jetant du même coup les bases du dialogue inter-congolais tant espéré.

 

AFRIQUE-ASIE AVRIL 2000

 

Le troisième round des combats auquel se sont livrées les troupes ougandaises et rwandaises en terre congolaise, le plus long et le plus meurtrier depuis l'éclatement, en août 1999, toujours à Kisangani, des premières confrontations entre ces deux anciens alliés, a donné une image pitoyable des armées de ces pays. Et soulevé dans la communauté internationale, y compris dans les capitales qui avaient jusque-là de la sympathie pour leur cause, des doutes légitimes sur les véritables buts poursuivis par Kigali et Kampala en RDC. Le Rwanda est en train d' y perdre le capital de solidarité internationale dont il a été l'objet après l'ignoble génocide programmé des Tutsis et des Hutus modérés en 1994.
 

L'indignation manifestée par le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, dont les appels lancés aux deux belligérants pour un cessez-le-feu immédiat étaient restés plusieurs jours sans réponse, a été en effet partagée par bien des diplomates africains et occidentaux au palais de verre de New York, où l'on préparait la réunion du Conseil de sécurité sur le conflit en RDC. Pour la première fois depuis qu'il a succédé à Boutros Boutros Ghali fin 1996, Kofi Annan demandait au Conseil de sécurité, au cas où les forces de Kigali et de Kampala ne se retireraient pas immédiatement de Kisangani, d'agir dans le cadre du chapitre 7 de la Charte de l'Onu qui permet le recours à des mesures coercitives, voire à l'envoi de troupes avec-un mandat offensif. Aussi invitait-il le Conseil de sécurité à exiger des deux belligérants le dédommagement des pertes humaines et matérielles subies par la ville de Kisangani. Kofi Annan a été entendu sur le principe, puisque la résolution 1304 du 16 juin exige le retrait immédiat des belligérants de Kisangani ainsi que l'évacuation du reste du pays "sans délai ", et demande le paiement des dommages -qui devront être évalués par le secrétaire général. Mais elle ne fixe cependant pas de dates boutoirs pour ce retrait, comme l'avaient souhaité Kofi Annan et la France qui avait soumis un projet en ce sens. La résolution ne fait pas non plus de mention explicite au chapitre 7 mais seulement à des "mesures" qui pourraient être prises si le Rwanda et l'Ouganda n'obtempéraient pas. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis, a-t-on expliqué à New York, souhaitaient modérer les termes suggérés par la représentation française afin que la responsabilité du conflit ne soit pas imputée aux seuls Rwandais et Ougandais. La résolution demande aussi aux autres armées étrangères présentes au Congo de procéder au dégagement de leur propres troupes à chaque étape du retrait rwandais et ougandais, comme prévu d'ailleurs par le calendrier des accords de Lusaka. Toutes les parties, est-il précisé, doivent cesser leur offensive pendant ce processus de retrait. Les factions congolaises et le gouvernement sont également invités à coopérer pour réaliser au plus vite le dialogue national intercongolais.

UNE HYPOTHÈSE À LAQUELLE RECHIGNE TOWOURS KINSHASA. D'autant que, comme le notait le porte-parole du gouvernement de Laurent-Désiré Kabila, cette résolution aura comme effet de "marginaliser " les trois mouvements rebelles puisque le Conseil de sécurité vient de donner la preuve du fait que le conflit doit être réglé par les Etats engagés dans la guerre. Tout en regrettant que le Conseil de sécurité n'ait pas adopté le texte proposé par la France, qui condamnait plus explicitement le Rwanda et l'Ouganda et reconnaissait indirectement le caractère "légal" des interventions des troupes zimbabwéennes, angolaises et namibiennes, venues au secours du gouvernement, le pouvoir du président Kabila considère cette résolution comme une victoire diplomatique. De plus, le comportement fort désolant des armées des pays "agresseurs" renforce sa légitimité aux yeux de la population. Et conforte son refus de participer à la conférence inter-congolaise, comme ce fut le cas pour la réunion convoquée au Bénin, le 2 juin dernier, par le médiateur officiel, l'ancien président botswanais Masire. Le gouvernement du président Kabila n'avait pas seulement boycotté la réunion, il avait également empêché l'opposition civile de s'y rendre en confisquant les titres de voyage des chefs de délégation. Le divorce entre le gouvernement de Kabila et Masire était consommé le 20 juin, avec la fermeture du bureau du médiateur à Kinshasa par la police congolaise. A n'en pas douter les combats de Kisangani risquent de retarder encore davantage toute solution politique, du moins dans les modalités prévues dans les accords de Lusaka.

Selon le bilan provisoire de la Croix-Rouge internationale publié le 19 juin, entre le 5 et le 10 juin, les confrontations de Kisangani ont fait plus de 400 morts et 1 668 blessés civils, et 120 morts parmi les soldats. La ville, qui compte 600 000 habitants, a aussi subi d'importants dégâts matériels. Indifférents aux conséquences de leurs querelles sur la population, qui a été privée d'eau et d'électricité pendant près de dix jours, les belligérants ont même échangé des tirs à l'arme lourde à proximité de la cathédrale de Kisangani, qui a essuyé plusieurs obus alors que de nombreux civils y avaient trouvé refuge. L'émotion suscitée par ces événements a fait se ressaisir les capitales rwandaise et ougandaise qui allaient enfin mettre un terme aux combats. Aussitôt, au Rwanda comme en Ouganda, les gouvernements déplorèrent cette guerre insensée... Mais comment croire désormais à la bonne foi de ces régimes dont l'implication au Congo ne tenait, ofticiellement, qu'à des impératifs de sécurité interne ?

Pour Bizima Karaha, ancien ministre de Laurent-Désiré Kabila et dirigeant du mouvement rebelle RCD Goma depuis l'éclatement du conflit le 2 août 1998, "cette guerre n'est pas dans l'intérêt de la rébellion, elle l'affaiblit. Le peuple congolais, ajoutait-il, doit savoir que le RCD n 'y est guère impliqué..."

Tout en admettant que le contrôle du commerce des diamants pouvait en être une des causes, Bizima Karaha expliquait le différend par le fait que " Kigali et Kampala ont des intérêts fondamentalement différents", Pour le Rwanda, les problèmes de sécurité ont une tout autre portée et doivent être sérieusement pris en compte s'il l'on veut son retrait, affirmait-il en substance.

Il semble en tout cas que la question de la présence à Kisangani d'unités armées du RCD dirigé par Emile Ilunga, allié des Rwandais, soit à l'origine de ces confrontations. L'armée ougandaise, qui soutient une fraction du RCD-Goma, le RCD-ML -toujours présidé par Wamba dia Wamba malgré des tentatives de putsch au sein même du groupe -, n'entendait pas permettre à ses rivaux de prendre pied à Kisangani. Les intérêts matériels des généraux ougandais, dont on dit qu'ils gèrent personnellement les richesses minières de la région de Kisangani, expliquent peut-être aussi l'acharnement des troupes ougandaises à vouloir gouverner sans concurrents la troisième ville du Congo.

POUR KOFI ANNAN, LES TRISTES événements de Kisangani marquent "surtout l'éloignement de-l' perspectives de paix en RDC". Le secrétaire général a fait aussi savoir qu'il était contraint de repousser le déploiement prévu des 5 500 soldats de l'Onu dans ce pays. Il a cependant appuyé la requête présentée au Conseil de sécurité par l'envoyé spécial de l'Onu au Congo, le Tunisien Kemal Morjane, pour l'envoi rapide d'un bataillon supplémentaire pour la ville de Kisangani, "afin d'éviter le vide du pouvoir qu' engendrera le départ des forces ougandaises et rwandaises ".
A l'instar de ce qui a été fait en Angola par l'ambassadeur canadien Robert Fowler, le Conseil de sécurité a également décidé de s'attaquer à l'exploitation illégale des ressources naturelles de la ROC, qui, à n'en pas douter, est un des moteurs du conflit actuel. Sur proposition de Kofi Annan, qui avait pour cela reçu le soutien de la France, le 3 juin dernier, les membres du Conseil de sécurité décidaient la création d'un groupe d'experts chargés de recueillir pendant six mois les information sur ces trafics. Ils devraient bientôt commencer leur enquête au Congo démocratique ainsi que dans tout autre pays pouvant détenir des informations à ce sujet. Voilà une décision qui devrait plaire à Etienne Tshisekedi, le leader de l'UDPS, qui, lors de son passage à Paris et à Bruxelles en mai dernier, avait réclamé de la communauté internationale un embargo sur le commerce des diamants congolais extraits illégalement. Hélas, la guerre congolaise drainant la totalité des ressources naturelles disponibles, le gouvernement du président Kabila est aussi contraint de monnayer les entreprises publiques minières contre des livraisons d'armes ou l'aide militaire de la région, notamment celle du Zimbabwe, qui, avec dix mille hommes, est toujours la plus significative.

A peine sorti de trente années de dictature, ce pays est à nouveau pillé, ses richesses bradées par des contrats iniques signés par un gouvernement acculé. A la fin de la guerre, pour la communauté internationale, et en particulier pour les pays occidentaux qui n'avaient pas voulu imposer un minimum de règles démocratiques à leur ancien protégé Mobutu, se posera la question de la survie de l'ex-Zaïre et de sa population en détresse. Car la dérive totale de ce pays constituerait une redoutable menace pour la stabilité d'une bonne partie du continent.

AFRIQUE-ASIE AOÛT 2000

 

http://afriquepluriel.ruwenzori.net/rdc-g.htm

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